Centre Bouddhique International

le Bourget - France

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Les moines et la Retraite de la

saison des pluies

 

 

Par

Bhanté Parawahera Chandaratana – Centre Bouddhique International du Bourget

 

Le Bouddha historique passa la plupart de sa vie en Inde, qui est connue pour sa saison de mousson d’été. Tandis que le nombre de ses adeptes augmenta, il réalisa que des centaines de moines et de nonnes voyageant à pied à travers l’arrière-pays détrempé pourraient endommager les plantations et causer des dommages à la vie sauvage.

 

Donc le Bouddha établit une règle selon laquelle les moines et les nonnes ne voyageraient plus pendant la mousson, mais passeraient ensemble la saison des pluies en se consacrant à la méditation et à l’étude. Ce fut l’origine du Vassa, la retraite de la saison des pluies qui dure trois mois et qui est encore observée dans certaines parties de l’Asie. Pendant le Vassa, les moines demeurent à l’intérieur de leurs monastères et ils intensifient leur pratique.

 

Une fois les moines demeurant dans la forêt souhaitaient passer la saison des pluies avec le Bouddha, et ils voyagèrent ensemble pour se rendre où le Bouddha demeurait. Malheureusement, la promenade prit plus de temps qu’ils ne l’escomptaient, et la mousson débuta avant qu’ils n’atteignent le lieu de résidence d’été du Bouddha.

 

Les trente moines furent déçus, mais ils essayèrent de faire de leur mieux. Ils trouvèrent un lieu où demeurer ensemble, où ils méditèrent et étudièrent. Puis après trois mois écoulés, quand la mousson fut terminée, ils s’empressèrent d’aller à la rencontre du Bouddha.
Mais les routes étaient remplies de boue, et la pluie coulait encore des nuages et des arbres, et au moment où ils atteignirent le Bouddha leurs robes étaient boueuses et trempées. Ils s’assirent à quelque distance du Bouddha, se sentant gênés et probablement embarrassés de porter de telles robes mouillées et sales en présence de leur maître révéré.
Mais le Bouddha les accueillit très chaleureusement et leur demanda comment leur retraite s’était déroulée. Avaient-ils cohabité harmonieusement? Avaient-ils eu suffisamment de nourriture? Oui, dirent-ils.
 
 

Le Bouddha initie le Kathina

 

Le Bouddha perçut l’engagement sincère des moines demeurant dans la forêt et il ressentit de la compassion pour eux. Une personne laïque venait juste de lui faire un don de tissu, et il le donna aux moines afin qu’ils confectionnent entre eux une robe à partir de ce tissu. Il supprima aussi certaines règles pour tous les disciples moines qui avaient observé la retraite du Vassa jusqu’à la fin.
Le Bouddha établit aussi une procédure pour donner et recevoir le tissu nécessaire à la confection de robes.

 

Comment faire accepter la robe de Kathina par un moine ? Pourquoi l’offrande de la robe de Kathina est une pratique méritoire ?   
La cérémonie de Kathina ne peut être organisée qu’une fois par an au sein d’un monastère. Si un moine n’a pas bien observé les trois mois de retraite il n’a pas le droit à la robe de Kathina. Le vassa se conclut par un Pavarana (déclaration verbale) devant le Sangha selon lequel les trois mois du Vassa sont achevés. Toutefois le moine qui a observé le Vassa n’a pas le droit de demander une offrande de robe. Il doit attendre que des fidèles prennent la décision d’en offrir une. Cette action méritoire qu’est l’offrande de la robe de Kathina nécessite la participation du Sangha ainsi que des fidèles. En cas d’irrespect du Vassa, ni les fidèles n’ont le droit d’offrir la robe de Kathina ni les moines n’ont le droit de la recevoir en offrande.

 

Seulement pendant la période de « Cîvaramassa » (le « mois des robes » entre la pleine lune d’Octobre et celle de Novembre) les fidèles (Upasaka et Upasika) peuvent organiser le Kathina. Mais les Bhikkhu sont quand même tenus dans tous les cas de respecter le Vinaya (la discipline monastique) s’ils souhaitent bénéficier du Kathina. Mais au moins un Bhikkhu parmi eux est tenu de respecter le Vinaya spécifique au Vassa. Par exemple, en cas d’absence du monastère plus de 6 jours du fait d’un moine pendant la période du Vassa, ce dernier n’est plus éligible pour recevoir la robe du Kathina.

 

Si un Upasaka ou une Upasika offre un tissu blanc (pour la robe de Kathina) au Sangha, selon la tradition sri lankaise, alors il faut le déposer dans un plateau d’offrandes, porté avec grand respect. Alors un groupe de participants qui organisent le Kathina se promène de nuit autour du village afin que les autres habitants touchent chacun à leur tour le plateau d’offrandes consacré. Il s’ensuit donc une procession qui se termine dans le monastère avant le lever du soleil au moment où le tissu blanc est offert au Sangha.

 

En une seule journée, c’est-à-dire le jour où l’offrande est faite au Sangha et avant la tombée de la nuit, le tissu doit être découpé selon les règles du Vinaya et la robe doit être confectionnée et teintée avec un liquide végétal obtenu à partir des racines des arbres. Une fois que la robe a été confectionnée, le Sangha se réunit pour décider à qui on offre cette robe, c’est-à-dire à un Bhikkhu qui a scrupuleusement respecté les règles du Vinaya. Bien sûr cette robe doit être bien lavée et séchée avant d’être offerte.

 

kaṭhina: La signification de ce mot,  rugueux; dur; rigide. (nt.), le vêtement annuellement fourni aux moines pour confectionner des robes. C’est une action très efficace au caractère indestructible, car elle altère les effets des mauvaises actions à l’exception des panca anantariya kamma, c’est-à-dire :

 

1.Un Matricide ,2.Un Parricide 3.Le meurtre d’un Arahant 4.Infliger une blessure à un Bouddha 5. Provoquer un schisme au sein du Sangha.
La conséquence du fait de commettre une de ses fautes ou plusieurs d’entre elles est très grave. Pour lui ou elle il n’existe point d’échappatoire à l’égard de l’enfer dans sa prochaine naissance. Parmi les cinq fautes susmentionnées, la plus méprisable consiste en la provocation d’un schisme au sein du Sangha.
 
2.  Le vêtement en coton qui était fourni une fois par an par les laïcs aux bhikkhu aux fins de façonner des robes. 
Concernant les prérequis de respect correct du Vinaya le Kathina est observé selon les mêmes règles dans tous les pays du Bouddhisme Theravada. Par contre il existe des variantes dans la manière dont la cérémonie est effectuée en fonction des traditions et coutumes de chaque pays.

 

Jadis, à l’époque de Bouddha et les premiers siècles qui suivirent, on offrait toujours un tissu.
La formule de consécration en langue Pali était : « Imam kathina dussam, bhikkhu sanghassa dema », c’est-à-dire « Voici le tissu, que nous offrons au Sangha ». Dussam ici signifie bien tissu et non une robe.

 

Dans les temps modernes, toutefois, on achète au préalable une robe dans un magasin que l’on considère alors comme une robe de Kathina ensuite offerte au Sangha. Alors la formule en Pali devient : « Imam kathina cîvaram, bhikkhu sanghassa dema » et elle est récitée trois fois avant de procéder à l’offrande. Cela signifie ici naturellement « Voici le Cîvaram, que nous offrons au Sangha».

 

Ce qui est primordial dans cette pratique, ce sont les pensées bienveillantes des fidèles au moment de l’offrande. Les participants au Kathina sont supposés cultiver du Punna Kamma en fonction de leur disposition mentale. En effet le fait que la personne spécifique qui offre le Kathina a dépensé de l’argent pour cela constitue un certain mérite. Cependant, il est tout à fait possible qu’une autre personne qui n’a pas offert le Kathina obtienne un plus grand mérite du fait de ses pensées de bienveillance, de compassion et de joie, car c’est la disposition mentale qui prévaut et non seulement la valeur vénale du don matériel. Au moment de la pratique du Kathina il est primordial de cultiver un mental pur dénué des kilesa (souillures), car cela seul est le garant du progrès spirituel. Ceci dit, beaucoup de personnes oublient que ce n’est pas seulement au moment du Kathina que des mérites sont accumulés, mais plutôt dans toutes nos activités quotidiennes effectuées avec un esprit de détachement (dana ne signifie pas seulement don, mais cela implique aussi le fait de cultiver le détachement). 

 

Dans notre société certaines personnes organisent le Kathina pour se donner de l’importance et pour faire leur propre publicité, mais l’attitude correcte dans ce domaine serait plutôt de le faire par générosité et par bonté afin de partager ses mérites avec autrui et avec les défunts sans expectative de recevoir quelque chose en retour. En effet le kamma positif produit avec un état d’esprit bénéfique génère des effets positifs et inversement le kamma négatif produit avec un état d’esprit malsain génère des effets négatifs. Nous sommes les seuls responsables de notre bonheur et de notre malheur, il n’existe pas d’entité transcendante que nous puissions invoquer afin qu’elle règne sur notre kamma. 

 

 

 

 

 

 

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 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle