Centre Bouddhique International

le Bourget - France

www.centrebouddhiqueinternational.com

 

 

Don sacré et don profane

dans le Theravada

Par

Bhanté Parawahera Chandaratana – Centre Bouddhique International du Bourget 

 

 

 

 

 

 

Le sujet qui m’a été proposé par l’Université Bouddhique de Paris  était : Don sacré et don profane dans le Theravada. En vérité le dāna – don - n’a pas d’identité, donc ne varie pas d’une religion à une autre. Toutes les religions  préconisent le don comme étant fondamentales.
À proprement dit, donner n'apparaît pas  parmi les facteurs du noble  sentier  octuple,  et n’entre pas parmi les 37 conditions  requises pour réaliser  l’Éveil (bodhipakkhiya dhamma). Il en a probablement été exclu parce que, par sa propre nature, la pratique du don ne conduit pas directement et immédiatement à la réalisation des Quatre Nobles Vérités.  Donner fonctionne dans la discipline bouddhique dans une perspective  différente.  Il ne constitue pas le but du chemin  menant à l’éveil, mais sert plutôt de base et de  préparation  dans l'effort visant à   libérer l'esprit des souillures.

 

Néanmoins, bien que donner ne fasse pas  directement partie des facteurs du chemin, sa contribution à progresser le long du chemin de la libération ne devrait pas être négligée ou sous-estimée. La prééminence de cette contribution est soulignée par la place que le Bouddha lui assigne dans divers ensembles de pratiques qu'il a établies pour ses fidèles.  Non seulement elle apparaît comme le premier sujet dans l’enseignement gradué du Dhamma, mais aussi  elle figure en tant que première des trois bases des activités  méritoires ( Dana – Sila –Bhavana -punnakiriyavatthu), en tant que premier des quatre moyens de soutenir les autres (les Quatre  sangahavatthu – Dana – priyavacana – atacariya – samanattata), et en tant que première des dix paramis ou " perfections. " .
Dans le Bouddhisme, dana –  le don - revêt un caractère plus important du fait que la voie de la libération ou du Nibbāna ne peut se réaliser sans la pratique  du dāna , dès le départ.

 

Le nibbāna ( nirvāna en Sanskrit) veut dire destruction des souillures. Il y a trois souillures en nous   empêchant de pratiquer dana.  Premièrement lobha : la concupiscence, l' attachement – le désir-  l'aversion.
Deuxièmement dosa : la colère.  Troisièmement moha : l'ignorance. La présence de l’une d’elles nous empêche de pratiquer dāna.- le don -. De nos jours comme du temps du Bouddha, certaines personnes très riches ne peuvent pratiquer dana même en cas de besoin urgent. Parfois même elles empêchent  ou découragent ceux qui désirent le pratiquer. Cet attachement s’appelle taṇhā, lobha. La vraie signification de donner (dāna) c’est le détachement.

 

Dans notre société il est des personnes qui ne donnent que pour une contrepartie c’est-à-dire qu’elles pratiquent dāna pour en retirer un intérêt, ce qui n’est pas un véritable don, mais plutôt un investissement. Seul le détachement nous permet de  pratiquer dāna, le véritable don, sans contrepartie . Dans tous les cas la pensée associée au don est très importante pour purifier l’action.

 

Certains  pratiquent la charité pour se faire valoir; … d’autres pour libérer leur maison d’objets qui les encombrent.  D’autres encore pratiquent le don pour améliorer leur image quand ils ont mauvaise réputation. Toutes ces pratiques de dāna ne le sont pas en réalité. Donner vraiment, c’est donner sans en attendre un intérêt et sans se faire juge de l’utilisation de ce don.  Le mobile du don doit être la compassion.  Le Bouddha dit :  « para dukkhe sati sādunaṃ hadaya kaṃpanaṃ karoti ti karuṇā »  « en voyant la souffrance de quelqu’un, le cœur en est touché ».  Cela est signe de compassion (karuṇā). Cela est un dāna véritable qui ne cherche pas un remerciement en échange. Le geste peut se traduire en don immédiat de toute nature, morale ou matérielle…… Ce qui est plus important que l’action elle-même, c’est l’état d’esprit au moment où l’action est faite, cet état qui en est le mobile.

 

 

Pratique du don chez les Bouddhistes Theravada

 

Dans ses vies antérieures, le Bouddha a pratiqué toutes sortes d’actions charitables. Les histoires des jātaka nous montrent comment ces pratiques fonctionnaient. Quand il était bodhisatta,  il avait donné tous les organes de son corps pour remplacer ceux de personnes malades. Le Bouddha a exprimé l’importance de la pratique de dāna et  de son efficacité. En tant que bodhisatta il avait donc pratiqué toutes  les formes de charité sans vouloir obtenir quelque faveur que ce soit en retour. C’est le « pāramita   » ou la perfection. Le premier pāramita est dāna pāramita  . Il y a dix pāramita qu’un Bodhisatta doit  accomplir pour réaliser la vérité Ultime. Pāramita consiste à pratiquer de bonnes actions du Bodhisatta. Le Bodhisatta est celui qui fait l’effort de réaliser l’état  de Bouddha en se détachant progressivement de tout ce qui est matériel.
Suivant l’exemple du Bodhisatta, les fidèles, dans les pays bouddhistes Theravada, pratiquent beaucoup le don pour obtenir des mérites.  Dans le Saṃsara ainsi que dans la vie présente, on obtient des mérites suite à la pratique du don. Quiconque ne pratique pas dāna ne reçoit rien. Le Bouddha dit que pour de bonnes actions il y a bons  résultats, et que pour de mauvaises actions il y a de mauvais résultats.

 

On peut également participer à une cérémonie ou toute  action organisée par autrui dans un but charitable et ainsi faire preuve soi-même d’un comportement charitable. Dans les pays bouddhistes, cette participation prend souvent la forme d’encouragements et de soutiens envers ceux qui sont engagés dans ces actions charitables  accompagnées des paroles « sadhu, sadhu » signifiant la reconnaissance d’une bonne action. Ces paroles sont prononcées par l’ensemble  des pratiquants qui prennent ainsi part à une action collective.

 

À certaines dates importantes du calendrier bouddhiste, en particulier lors de la fête de Vesak,  les habitants des villes et des villages préparent des colis destinés aux pauvres afin de leur procurer vêtements, nourriture et tout ce qui peut leur manquer. Certains dons sont envoyés dans des hôpitaux ou dans des maisons pour handicapés.
Un autre forme de dāna  consiste à observer les huit préceptes au cours de ces journées  (au lieu des 5 habituels), ceci permet d’offrir le repas de l’après-midi dont on s’abstient alors.

 

D’autre part la participation aux dons envers les moines constitue une action de dāna  particulièrement importante dans les pays Theravada. La plupart des pratiquants invitent les moines à leur domicile, leur offrent nourriture, vêtements, médicaments et toutes autres choses strictement nécessaires pour transmettre les mérites à leurs proches décédés.  Souvent cette sorte de  cérémonie est pratiquée par les fidèles après la mort de quelqu’un de leur famille.

 

Le Bouddha a encouragé les gens à pratiquer le dāna  envers les gens défavorisés ou envers les moines. …….. 
Dans la plupart des pays Theravada une sorte de dāna  pratiqué par les fidèles est le « sangha dāna  » ce qui signifie offrande au Sangha . Le sangha dāna  constitue une forme d’aide à la communauté des moines et non pas une aide personnelle envers un individu.
Le Terme ‘Sangha’ peut être expliqué de trois manières.

 

1.    Littéralement le mot Sangha signifie plus d’une personne.

 

2.  Le Savaka Sangha qui est constitué des moines ayant reçu l’ordination majeure et qui consacrent leur vie aux autres après avoir abandonné la vie de famille et qui pratiquent le détachement afin de suivre la voie de Bouddha.
Les fidèles invitent ces moines à leur domicile ou se rendent à la pagode afin de pratiquer le dāna . C’est un soutien matériel qui permet le bon fonctionnement de la vie monastique. La plupart des cérémonies de dons organisées par les fidèles en mémoire de leurs proches défunts dans le but de leur transmettre des mérites constituent ainsi un soutien au Sangha.
Les fidèles pratiquent  ces cérémonies de dāna  parce qu’ils ne savent pas où se trouvent leurs proches décédés. : sont-ils dans des lieux de bonheur, auquel cas ils n’ont pas besoin de soutien, ou bien errent-ils dans des conditions difficiles sollicitant ainsi aide et amour ?
On appelle ‘peta’ ou ‘bhuta’ (les esprits) évoluant dans des mondes de souffrance. Ils peuvent se présenter immédiatement à l’occasion d’une cérémonie charitable qui leur est offerte,  mais nous ne pouvons les voir avec nos yeux.
Les donateurs doivent pratiquer ces offrandes avec un esprit pur non entaché de colère, d’attachement et de dilution, etc. pour pouvoir transmettre les mérites aux défunts.

 

3.   Ariya Sangha ou le Sangha Noble :
Seuls ceux qui ont réalisé la première étape dans la voie du Bouddha, laïcs ou moines de quelque religion que ce soit, appartiennent à l’Ariya Sangha.
La réalisation de la première étape de l’entrée dans le courant (passé, présent ou futur) consiste en l’élimination de trois des dix entraves :
Croyance en une âme immuable et permanente
Le doute
La croyance en la purification au moyen de cérémonies et de rites extérieurs.
C’est ainsi que le Bouddha refusa une robe que sa mère adoptive voulait lui offrir à titre personnel lui enjoignant de l’offrir non pas à lui, mais au Sangha Noble dont il n’était qu’un élément parmi d’autres.

 

La façon de donner

 

Les Sutta (par exemple A.iii,172) accordent beaucoup d’importance à la manière de donner .  L'attitude du donateur dans l'acte de donner fait un monde de différence quant à la bonne volonté entre le donateur et le destinataire indépendamment de la quantité des dons. (Sakkaccam danam deti) : des aumônes devraient être données de telle manière que le destinataire  ne se sente pas humilié, vexé ou heurté.  Les nécessiteux demandent quelque chose avec un sentiment d'embarras, et c'est le devoir du donateur de ne pas les inciter à se sentir plus embarrassés et à rendre leur fardeau déjà lourd encore plus lourd. Cittikatva danam Deti: des aumônes devraient être données avec la considération et le respect dus.  Le destinataire doit avoir le sentiment d’être le bienvenu. Quand une offrande est faite avec affection  une amitié mutuellement enrichissante s’établit entre le donateur et le destinataire.

 

Sahattha deti :

 

On devrait donner avec sa propre main. La participation personnelle dans l'acte de donner est considérablement salutaire. Elle  favorise le rapport entre le donateur et le destinataire ; cela constitue la  valeur sociale du don. La société est soudée par le sentiment et l’action de solidarité mutuelle et la générosité sincère. Na apaviddham deti: On ne devrait pas donner comme aumônes des choses sans aucune valeur.  On devrait se soucier de donner seulement ce qui est utile et approprié. Na anagamanaditthiko deti :On ne devrait pas donner  avec attitude sévère de sorte que le destinataire répugne de redemander.

 

Donner avec  foi (saddhaya deti ) est très conseillé dans les Sutta. (A.iii,172).  Particulièrement quand le don est fait au clergé, il convient de le faire avec la différence due et le respect, et avec la joie liée à l'opportunité de servir des religieux. On devrait également donner à un moment de besoin urgent. ( kalena deti ). De tels dons opportuns sont les plus importants, car ils soulagent l'inquiétude et les besoins du nécessiteux. On devrait donner avec le souci altruiste et avec le seul objectif ou avec l'intention unique d'aider des autres en difficulté  (anuggahacitto danam deti)..
Dans l'acte de donner on devrait faire attention à  ne pas être blessé ou blesser les autres (attanan ca paran ca anupahacca danam deti.) Donner avec la compréhension et la discrétion est félicitée par le Bouddha (viceyyadanam sugatappasattham)..  Si un don contribue au bien-être du destinataire, il est sage de donner.  Mais si le don est nuisible à son bien-être, on devrait faire attention à être discret. Donner comme décrit ci-dessus est fortement recommandé comme étant un don noble (sappurisadana).  Plus que ce qui est donné, c'est la façon de donner qui fait la valeur du don. On peut ne pas avoir les moyens de faire un don somptueux, mais on peut toujours assurer le bénéficiaire qu’on est soucieux de sa situation, par la façon de lui donner.

 

Il existe trois  dāna  (dons) conseillés par le Bouddha.

 

1) amisa dāna : Le don d'objets matériels est pratiqué dans toutes les religions à une large échelle. Nourriture, habits et hébergement sont offerts aux nécessiteux et aux réfugiés à travers de multiples organisations religieuses et sociales. Ce dāna  peut être pratiqué envers le Sangha ou n’importe quelle personne privée ou publique. Sans doute s'agit-il de bonnes œuvres. Ce type de don est hautement recommandé par le Bouddhisme. Mais tout le monde ne peut pas pratiquer cela  parce qu’il est difficile de  donner quelque chose à quelqu’un.  Il faut vaincre   nos  réticences : l ‘égoïsme conséquence du désir, de la colère, de l’avarice et de l’indifférence.

 

2) abhayā dāna : Nous pouvons pratiquer aussi  ce type de dāna de plusieurs manières. Dans notre société il y a beaucoup de décès consécutifs à de graves maladies.  Le don de la vie à ceux qui sont en danger de mort par manque de sang ou perte de certains membres corporels : œil, rein, est un devoir également. Il convient d'offrir, dans la mesure du possible, de tels organes à ceux qui en ont besoin.  Alors c’est un grand dāna. Je vous donne un exemple.  En 1998 un moine srilankais fit immédiatement don, de son vivant, d’un rein destiné à une malade qui risquait de mourir quand il apprit par les médias l’urgence de la situation. Cette femme est catholique, elle aurait par être hindoue, bouddhiste ou de n’importe quelle religion, cela n’avait aucune importance.
Une autre forme d’intervention destinée à sauver une vie peut consister à  racheter un animal en partance pour l’abattage

 

3) dhamma dāna : Ce don est supérieur à tout autre don sur terre. Le don de la Vérité consiste à enseigner et à expliquer la Doctrine à autrui, le détournant des voies de l'erreur et le dirigeant vers le chemin de la Vertu ;  démontrer ce qui est moral et ce qui est immoral ; organiser débats et séminaires au sujet du dhamma, ; publier des ouvrages et en réimprimer d'autres, et établir des centres consacrés à l'Enseignement sublime du Bouddha.  Sans la connaissance du dhamma nous ne pouvons pas approcher la vérité. Il faut développer cet enseignement. Mais Bouddha a dit que cet enseignement convient aux  sages et non aux  naïfs sans esprit de prosélytisme. Les quatre  lignes suivantes du dhammapāda l'illustrent  parfaitement.

 

* sabba dānaṁ dhammadānaṁ jinati           -   Le don de la Vérité surpasse tout autre don
   sabbaṁ rasaṁ dhammarasaṁ jinati          -  La saveur de la Vérité  surpasse toute autre saveur
   sabbaṁ ratiṁ dhammarati jinati  -  La joie dans la Vérité surpasse toute  autre joie ;
   taṇhakkhayo sabbadukkhaṁ jinati             -  L’extinction du désir vainque toute souffrance.

 

Rares sont les personnes qui percent, éclairent et convainquent. C'est pourquoi les livres écrits sur le dhamma jouent un rôle très important dans la diffusion de celui-ci.
C'est pourquoi nous invitons quiconque veut honorer un proche défunt à prendre en charge la publication d'un ouvrage sur le dhamma qui en portera la mention avec la photographie du  défunt. La coutume la plus répandue pour rendre hommage à un défunt consiste à  conserver ses cendres (après incinération), édifier un monument à sa mémoire ou à pratiquer  l’aumône en  faveur des  moines ou d’organisations caritatives. Ainsi que nous l'avons mentionné, ces offrandes sont inférieures au don de la Doctrine de la Vérité.

 

En pratiquant le don  de nourriture, on donne 5 choses :

 

La vie (car sans nourriture on meurt), la beauté  (car sans nourriture le corps se flétrit), le bonheur (car sans nourriture on tombe malade), l’énergie (car sans nourriture nous n’avons pas de force) et enfin l’intelligence (car sans nourriture notre cerveau ne fonctionne pas.). Chaque acte ayant des conséquences, le donateur recevra  les mérites liés à ses dons de même que le cultivateur qui sème de bonnes graines connaîtra une bonne récolte.

 

D’autre part l’esprit accompagnant le don doit être pur avant, pendant et après le don.  Le don est un acte de détachement.  Le vrai dāna,  c’est le détachement. Cette action devient un pāramita  c’est-à-dire une perfection.
Un homme ayant pratiqué le don recevra un jour (dans cette vie ou une dans vie ultérieure) les bénéfices de ce don. Mais s’il l’a  regretté après l’avoir fait, alors il  ne pourra utiliser ce qu’il ne recevra ni pour les autres ni pour lui-même et ses proches. 
******************************
Donner (dāna) est une des étapes  fondamentales de la pratique bouddhique.  Une fois pratiquée en soi, c'est une base du mérite ou du kamma sain. Une fois couplée à la moralité, et à la concentration intérieure, elle mène finalement à la libération du samsara, le cycle de l'existence répétée. Même ceux qui sont bien établis sur le chemin de l'émancipation continuent à pratiquer le don, car cette pratique  favorise la richesse, la beauté et le plaisir dans cette vie même. Les Bodhisatta accomplissent le dānapārami ou la perfection de donner au degré final en donnant avec une grande joie  leurs membres  du corps  et d’autres choses pour aider d'autres êtres.

 

Comme toutes les bonnes actions , un acte de donner nous apportera le bonheur à l'avenir, selon la loi kammique  des causes et des effets enseignée par le Bouddha.  Donner rapporte des avantages dans la vie actuelle et dans les vies futures si nous nous rendons compte de ce fait. Mais quand la volonté est accompagnée de la compréhension, nous pouvons considérablement augmenter les mérites gagnés par nos cadeaux.

 

La quantité de mérites gagnée change selon trois facteurs:  la qualité du motif du donateur, la pureté spirituelle du destinataire, et le genre et la taille du cadeau.  Puisque nous devons éprouver les résultats de nos actions, et les bons contrats mènent à de bons résultats, et les mauvais contrats à de mauvais résultats, il s’efforce de créer le kamma aussi bon que possible. Dans la pratique de donner, ceci signifierait maintenir son esprit pur dans l'acte de donner, choisissant les plus dignes destinataires disponibles, et le choix des cadeaux les plus appropriés et les plus généreux dans la .

 

Sutta

 

L'Anguttara Nikaya mentionne cinq supérieurs aux yeux des Nobles spirituels de l’antiquité. (A.iv,246).  Leur valeur n'a pas été contestée dans les anciens temps, de même ni elle ne le sera à l'avenir.  Les recluses et les Brahmanes sages leur ont accordé tout le respect.  Ces grands dons comportent l'observance méticuleuse des Cinq Préceptes. En agissant de cette façon-là, on offre l'amour et la bienveillance à tous les êtres. Si un être d'humain peut procurer un sentiment de sécurité et l'absence de crainte à d'autres par son comportement, c'est la forme la plus élevée du dāna. On peut la donner, non seulement à l'humanité, mais à tous les êtres vivants.

 

Dans l'Anguttara Nikaya le Bouddha décrit, avec la terminologie sacrificatoire, trois types de feux qui devraient être tendus avec le soin et l'honneur (A.iv,44).  Ils sont ahuneyyaggi, gahapataggi et dakkhineyyaggi.  Le Bouddha a expliqué que l'ahuneyyaggi est destiné à nos parents, et ils devraient être honorés et bien traités. Gahapataggi est destiné à l’épouse et aux enfants, les employés et les personnes à charge.  Dakkineyyaggi représente les personnes religieuses qui ont atteint le but d'Arahant,  ou celles qui sont engagées sur la voie de l'élimination des traits mentaux négatifs. Eux tous doivent être ménagés et bien traités. On doit veiller sur eux comme on veille  sur un feu de sacrifice. Selon le Maha-Mangala Sutta, offrir l'hospitalité à ses parents est un des grands actes bénéfiques qu’un laïc peut accomplir (Sn 262-63).

 

Le Roi Kosala a demandé au Bouddha à qui les aumônes devraient être données (S.i,98).  Le Bouddha a répondu que les aumônes devraient être données à ceux qui rendent heureux celui qui fait le don. Alors le roi a posé une autre question:  À qui les aumônes devraient être données pour obtenir le grand fruit?  Le Bouddha a différencié les deux questions et répondu que les aumônes données aux hommes vertueux portent un grand  fruit. Il a en outre clarifié que les dons rapportent un grand fruit une fois faits aux reclus vertueux qui ont éliminé les cinq obstacles mentaux (nivarana) et  développé moralité, concentration, sagesse, émancipation, connaissance et vision morale d'émancipation (sila, samadhi, panna, vimutti, vimuttinanadassana).

 

Dans le Sakkasamyutta (S.i,233) Sakka a posé la même question au Bouddha:  A qui le don qui apporte le plus de résultats ?  Le Bouddha a répondu que ce qui est donné au Sangha apport de grands résultats. Ici le Bouddha spécifie bien que « Sangha » est la communauté de ces individus nobles droits qui sont engagés dans le chemin et qui dans le chemin se sont établis dans le fruit de sainteté, et qui sont dotés de moralité, concentration et sagesse.  Il est important de noter que " Sangha " selon le Vinaya signifie un groupe suffisant de moines pour représenter l'ordre monastique avec ses différents fonctions ecclésiastiques (Vin. i,319).  Mais dans les Sutta" Sangha " signifie les quatre paires d'individus nobles ou les huit individus particuliers (purisayugani de cattari, purisapuggala d'attha), c.-à-d., ceux qui sont sur le chemin de l’entrée dans le courant, ceux qui ne reviennent  qu’une fois ceux qui ne reviennent plus, les Arahats et ceux qui en ont obtenu les fruits.

 

Les motifs du don

 

Les Sutta  soulignent différents motifs de l'exercice de la générosité.  L'Anguttara Nikaya (A.iv,236) énumère les huit motifs suivants:

 

1. . Asajja danam deti:  on donne avec l'ennui, d'une manière qu'on offense le destinataire, ou avec l'idée de l’insulter.

 

2. Bhaya danam deti  La crainte peut également motiver une personne pour faire une proposition.

 

3. Adasi me ti danam deti: On donne en contrepartie d’une faveur reçue dans le passé.

 

4. Dassati me ti danam deti : On donne aussi avec l'espoir d'obtenir une faveur semblable à l'avenir.

 

5. Sadhu danan ti danam deti:  on donne parce que c’est un acte considéré comme étant bénéfique.

 

6. Aham pacami, ime ne pacanti, na arahami pacanto apacantanam adatun ti danam deti:  " je cuisine, ils ne font pas la cuisine. Il n'est pas approprié pour moi qui fait cuire pour ne pas donner à ceux qui ne font pas cuire. "  De l'élasticité recommandée par de tels motifs altruistes.

 

7. Imam me danam dadato kalyano kittisaddo abbhuggacchati ti danam deti: Certains donnent l’aumône pour soigner une bonne réputation.

 

8. Cittalankara-cittaparikkarattham danam deti: 

 

D'autres encore donnent l’aumône pour orner et embellir l'esprit.

 

Favoritisme (chanda), mauvaise volonté (dosa) et illusion (moha) sont également énumérés comme des motifs de dons.  Parfois des aumônes sont données pour maintenir une vieille tradition de famille. Le désir de renaître dans le ciel après la mort est un autre motif dominant. Certains se complaisent à donner ; ils donnent dans l’espoir de gagner un bon état  du mental (A.iv, 236).

 

 

Amisa Dana et Dhamma dana

 

dānaṅ’ca dhammācariyā ca
(…) etaṃ mangalaṃ uttamaṃ
Être charitable, se conduire honnêtement,
cela est une grande bénédiction.
Transmettre  les mérites aux défunts est aussi considéré comme une action charitable.
Le parent doit verser de l'eau d'une carafe dans un récipient vide jusqu'à ce que celui ne puisse plus contenir d'eau ( pour symboliser la transmission des mérites ou meilleurs vœux au défunt) et réciter la phrase suivante trois fois :
“Que ceci (le mérite) parvienne à mes parents et qu'ils soient heureux.”

 

Pour finir, l'assemblée doit réciter les versets suivants :

 

1.         Adasi me, akasi me, natimitta sakha ca me
            petanam dakkhinam dajja pubbe katam anussaram.
2.         Na hi runnam va soko va ya c' anna paridevana,
            na tam petanam atthay : evam titthanti natayo.
3.         Ayan ca kho dakkhina dinna sanghamhi suppatitthita
            digharattam hitay assa thanaso upakappati.
4.         So natidhammo ca ayam nidassito,
            petanam puja ca kata ulara,
            balan ca bhikkhunam anuppadinnam,
            tumhehi punnam pasutam anappakam
           
5.         Yatha varivaha pura paripurenti sagaram,
            evam eva ito dinnam petanam upakappati.
6.         Unname udakam vattam yatha ninnam pavattati,
            evam eva ito dinnam petanam upakappati.
7.         Icchitam patthitam tuyham
            Khippam eva samijjhatu
            Sabbe purentu cittasamkappa
            Cando pannaraso yatha.

 

1.Que celui qui est parti considère ceci : "Il l'a accompli pour moi, il a travaillé pour moi, ils furent mes parents, mes amis, mes associés."  Que ceux qui sont vivants transmettent les mérites en se souvenant de ce qu'ils ont fait pour les défunts.

 

2. Aucun pleur, aucune peine, ou aucune sorte de deuil
n'est profitable au défunt dont les parents restent cependant en peine.

 

3.Mais lorsque cette offrande est bien faite dans le Sangha, alors
elle lui est profitable immédiatement et pour très longtemps dans le futur.

 

4.Ainsi le vrai devoir des parents restés en vie a été démontré :
comment un si grand honneur a été rendu au défunt, comment un moine peut aussi recevoir la force, comment un grand mérite peut être conservé par vous même.

 

5.Tout comme les rivières débordant d'eau remplissent l'océan, la charité accomplie ici peut être profitable au parent parti.

 

6.Tout comme l'eau s'écoulant d'une colline, tombe
dans la vallée, certainement la charité accomplie ici
peut être profitable au parent parti.

 

7.Que vos souhaits et vos désirs soient réalisés le plus tôt possible.

 

Que toutes vos aspirations soient remplies,
tout comme la lune au quinzième jour du mois.
Pourquoi on pratique le dāna envers les défunts.

 

Le contexte prouve que verser de l'eau de cette manière est un acte ritualiste appartenant à la magie, symbolisant la transmission salutaire du mérite transféré par les vivants aux morts, comme un genre de dakkhina ou d'offre.  Le rituel entier est par conséquent un acte de grâce par lequel le mérite est transféré aux défunts de sorte qu'ils puissent être soulagés des royaumes malheureux où ils pourraient avoir été nés. Un autre rite funèbre est mataka-bana ou " prédication au profit des morts. " La pratique habituelle veut qu’un moine se rende à la maison de la personne morte, généralement le troisième jour (ou de temps en temps un jour dans la semaine) après l'enterrement et l'inviter à prêcher un sermon convenu à l'occasion.  En conséquence il prêche un sermon approprié d’environ une heure à l'assistance rassemblée, qui comprend inévitablement les parents et les voisins du défunt.  À la fin du sermon, le moine fait réciter des versets aux parents pour transférer les mérites acquis vers le défunt en organisant l'événement. Trois mois après la mort, il est usuel de faire une donation (sanghika dana) pour la mémoire du défunt et de répéter cette cérémonie annuellement.  Comme dans le cas des rituels cités précédemment, le but est de donner le mérite aux défunts.

 

Par conséquent il s'appelle l'offre au nom des morts (mataka-dana). La base de la pratique est la croyance que si le parent mort a pris renaissance dans une existence malheureuse (c.-à-d. comme peta ou esprit malheureux), il ou elle s'attendrait à ce que ses parents vivants transfèrent le mérite de cette manière parce que les esprits ou  petas sont incapables d'accumuler du mérite par eux-mêmes.  Même leur faim et soif, qui est perpétuelle, diminue seulement de cette manière. 
 
Par conséquent on les appelle " ceux qui vivent de ce que les autres leurs donnent" (paradatta-upajivi). Cette coutume remonte  au temps du Bouddha lorsque le Roi Bimbisara avait été harcelé par un groupe de ses proches décédés qui avaient pris renaissance comme petas, parce que le roi avait négligé de faire des dons au Bouddha en leur nom.  Une fois qu’il l’eut fait, comme le Bouddha le lui avait demandé, les petas devinrent heureux et cessèrent de causer des ennuis (KhpA.  202f;  PvA.19ff). À cette occasion le Bouddha a prêché le Tirokuddha Sutta, qui indique en outre qu'une fois que ces rites sont exécutés, les esprits satisfaits bénissent les donateurs. Ces rites ressemblent aux cérémonies de shraddha des Hindous.  Et il est également significatif que, selon le Bouddha lui-même, seulement les parents morts qui ont pris renaissance en tant que petas sont capables de recevoir ces bénéfices (A.v, 269ff.).

 

Ratana sutta

 

6. ye puggala attha satam pasattha
cattari etani yugani hontu
te dakkhineyya sugatassa savaka
etesu dinnani mahapphalani
idampi sanghe ratanam panitam
etena saccena suvatthi hotu

 

6. Les quatre sortes de fidèles disciples qui sont divisés en huit classes, formant quatre paires louées par les vertueux,
sont dignes de recevoir les offrandes.
Ce qui leur sera donné portera un grand fruit.
Ce joyau excellent se trouve dans le Sangha.
Par cette vérité que tous les êtres soient heureux.

 

 

 

 

 

                                                                                                     1990

***

 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle