Centre Bouddhique International

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Comment les parents deviennent des Brahma

Par

Bhanté Parawahera Chandaratana - Centre Bouddhique International du Bourget

 

 

Brahmā ti mātā-pitaro pubbā-cariyā ti vuccare,
Āhuneyyā ca puttānaṃ pajāya anukampakā| (AN 3.31: Sabrahmakasutta—Mahāsaṅgīti Tipiṭaka .)
Mère et Père sont comme des dieux, ce sont nos tout premiers instructeurs. Comme ils sont compatissants avec leurs enfants, ils sont dignes d'offrandes.
Tasmā hi ne namasseyya - sakkareyyātha paṇḍito.
Annena atha pānena - vatthena sayanena ca,
Ucchādanena nhāpanena - pādānaṃ dhovanena ca.
C’est pourquoi les sages les adoreront et les honoreront par des présents : Vêtements, mets et boissons ; logement et soins du corps.
Tāya naṃ paricariyāya - mātā-pitusu paṇḍitā,
Idh'eva naṃ pasaṃ-santi- pecca sagge ca modatī ti
 
Parce qu'ils veillent à la fois sur leurs mères et leurs pères, les sages seront loués ici-bas et se réjouiront plus tard dans un monde céleste.
Bouddha affirme que les Mātāpitaro (les pères et les mères) sont semblables à des Brahma, aussi sublimes que le Dieu Brahma, le dieu créateur et suprême des Hindous à l’époque du Bouddha. Dans la pensée indienne, le terme « Brahma » indique la conception la plus haute et la plus sacrée et le Bouddha y inclut les parents.

 

Nous avons vu que le Bouddha compare les parents à Brahma. Ce sont aussi Pubbacariya, Ahuneyya et Pajayanukampaka (Premiers instructeurs, dignes d’offrandes, ayant de la sympathie). Comment? Brahma est doté des quatre grandes qualités de Metta, Karuna, Mudita et Upekkha, et il les étend à tous les êtres dans toutes les directions de l'Espace, nous dit-on. Ces quatre illimités, incommensurables (catur appamanna) ou états sublimes sont personnifiés par les quatre têtes de Brahma, telles que l’on peut les voir sur les statues du Brahma, en Thaïlande, au Cambodge et au Laos.
 
Dans la mythologie hindoue, le Dieu Brahma est à l’origine le Dieu Créateur de l’univers. Mais dans la symbolique bouddhique, il a été « Bouddhéisé ». De plus, le Bouddha dit que les parents transmettent également ces qualités vénérables à leurs enfants, se rendant ainsi semblables à Brahma (c'est-à-dire Dieu). C’est ainsi que tout se passe. Premièrement, les parents désirent la santé et le bonheur de leur enfant, alors qu'il est encore dans le ventre de sa mère, ils continuent à prier et à attendre avec impatience le jour où ils verront leur enfant. C'est la qualité de Metta conférée à leur progéniture à naître par les parents. Deuxièmement, après la naissance de l'enfant, par compassion profonde, les parents protègent le nourrisson de tout mal - des mouches, des moustiques, des insectes, etc., qui pourraient lui nuire. Lorsque l'enfant pleure en raison de la faim, leur grande compassion est à nouveau éveillée. Tout cela est mis en œuvre par Karuna - un autre attribut de Brahma.

 

Par la suite, lorsqu'ils voient leur enfant jouer, se promener, passer des examens et bien réussir, leur cœur devient doux et rempli de tendresse. La grande joie et le bonheur qui surgissent en eux en voyant tout cela, est la qualité de Mudita (c'est-à-dire se réjouir du bien-être des autres), qui est un autre attribut de Brahma. Et puis, vient enfin le stade où l'enfant a grandi et, devenu indépendant, vit avec sa propre famille. Ceci, une fois de plus, donne une grande satisfaction aux parents, un équilibre mental et la capacité d'exercer un sentiment d'équanimité face au nouveau statut de l'enfant dans la vie - maintenant, loin des parents. Cette équanimité ou équilibre de l'esprit, est une des grandes qualités de Brahma. En pâli, cette qualité se nomme Upekkha (c'est-à-dire l'équanimité). Ainsi, en exerçant les qualités de Metta, Karuna, Mudita et Upekkha qui, comme nous l'avons dit, sont aussi les quatre grands attributs de Brahma, les parents eux-mêmes deviennent Brahmas ou dieux, pour leurs enfants. Voilà brièvement comment les parents deviennent Brahma pour leurs enfants.

 

Bouddha nous a dit  “kathannu kathavedi puggalo dullabo lokasmin”; très rares sont les personnes qui ont de la gratitude. Bouddha nous a aussi, dans le Mangala Sutta, enseigné la chose suivante Mata-pitu upatthaanam, le respect des parents, car un tel comportement procure une grande bénédiction. D’après le Parabhava Sutta, l’absence de respect à l’égard des parents constitue une cause de chute.   
De nos jours encore, dans certaines familles bouddhistes, les enfants « adorent » littéralement leurs parents matin et soir, en prononçant des formules de vénération en langue Pâlie.   Ceci dit, pour le Bouddha, qui n’a pas prôné une religion théiste, les véritables créateurs de l’enfant sont ses parents naturels. Les parents se sont vu attribuer par le Bouddha le statut de Brahma. Ainsi, les parents sont sacrés pour les enfants et les enfants sont également sacrés pour les parents.

 

Ceci explique pourquoi dans une société bouddhiste, le respect des parents est primordial. Bouddha a enseigné comment rendre hommage aux parents de cinq manières différentes dans le Sigalovada Sutta. Les enfants sont tenus de s’acquitter de certains devoirs vis-à-vis des parents. Premièrement, il faut prendre soin d’eux dans leur vieillesse. Il faut dans ce contexte faire pour eux ce qui est nécessaire. Il faut aussi préserver l’honneur de la famille en suivant sa tradition. Il faut sauvegarder le patrimoine gagné par les parents. Il faut accomplir en leur mémoire les rites funéraires après leur mort. De plus, dans la tradition bouddhique, il est de coutume, de la part des enfants de parents défunts, de faire acte de charité et de générosité par le don d’aumônes à la mémoire de ceux qui nous ont quittés.
 
On ne peut pas donner de choses matérielles à des personnes mortes, mais par nos bonnes actions et nos pensées bénéfiques, nous leur transmettons des mérites. De leur côté, il incombe aux parents certaines responsabilités à l’égard de leurs enfants. Ils doivent les préserver des voies mauvaises. Il faut les diriger vers des activités bonnes et profitables. Il faut leur assurer une bonne éducation. Il faut leur trouver un bon conjoint afin de les préserver des risques d’un mariage qui se terminera par un divorce. Il faut leur transmettre le patrimoine parental en temps opportun.

 

C’est la raison pour laquelle vous organisez aujourd’hui cette cérémonie traditionnelle en offrant des Dana au Sangha. Ariya Sangha est un terme désignant dans son ensemble la communauté bouddhiste des moines et des laïcs qui sont devenus des êtres nobles. On entend par Ariya un ou des êtres qui ont déjà réalisé la première étape d’entrée dans le courant, l’état de « Sotapatti », la première expérience de Nibbana. Quand vous offrez le Dana au Sangha aujourd’hui, vous cultivez une pensée à l’égard du Sangha passé, du Sangha présent et du Sangha futur. Le Sangha comporte neuf caractères. En bref, supatipanno (une conduite droite), ujupatipanno (une conduite correcte), nayapatipanno (une conduite méthodique), samicipatipanno (une conduite bienséante), ahunneyo (digne d’offrandes), pahunneyo (digne d’hospitalité), dakhinneyo (digne de dons), anjalikaraniyo (digne de respect), anuttaram  aunnakhettam lokassati (le plus grand champ de mérites pour le monde). La connaissance de ces choses est primordiale afin d’accomplir cette cérémonie avec les plus grands bénéfices en termes de mérites et de sérénité.

 

Avant de commencer une cérémonie, vous avez montré vos respects au Bouddha, au Dhamma et au Sangha, le Triple Joyau de ceux qui observent la pratique du Bouddhisme. Vous avez aussi observé les cinq préceptes. Les préceptes du Bouddhisme ne sont pas considérés comme des commandements divins et le Bouddhisme est à cet égard très différent des religions monothéistes. Il est de votre devoir de garder les préceptes que nous vous donnons, mais libre à vous de les observer ou non.
Les cinq ou huit préceptes que nous observons existaient déjà avant le Bouddha dans la société indienne. Le jour de la naissance de Gautama Siddhartha, sa mère Mahamaya a observé les huit préceptes.
Il est indispensable d’être scrupuleux sur le plan moral afin de pratiquer de bonnes actions. Si on est correct sur le plan moral, nos actions le sont aussi.

 

Yadisam vapate bijam-tadisam harate phalam…

 

Vous récoltez ce que vous avez semé. Quand vous cultivez le champ, il faut bien le préparer, semer les bonnes graines afin d’obtenir une bonne récolte. Si au contraire vous n’avez pas bien fait mûrir votre pensée, vous ne pouvez pas générer du kamma bénéfique. Quand vous semez le champ, le champ personnifie le Sangha. Mais il faut aussi bien comprendre que le Sangha est « anuttaram punnakhettam lokassati », un champ de mérites incomparable dans le monde. Donc le Sangha est une opportunité très précieuse de mérites accumulés pour ceux qui lui font une offrande. Ce qu’il importe d’offrir au Sangha, au même titre que ce dont l’humanité a besoin, nous l’appelons catupaccaya, les quatre besoins vitaux, c’est-à-dire civara (la robe), pindapata (la quête de nourriture quotidienne), senasana (un toit et un abri) et gilanapaccaya (les médicaments). Pour les laïcs, il leur faut aussi ces quatre choses à la différence près qu’ils ne portent pas de robes de moines. En offrant les quatre paccaya et en pourvoyant aux besoins vitaux des moines, nous accumulons des actions vertueuses et des mérites, appelées « Sangha dana ».

 

Vous pouvez aussi, bien sûr, pratiquer le dana envers les pauvres, les malades, etc. Vous pouvez aussi contribuer à l’éducation des élèves et des étudiants en leur octroyant une bourse et aussi en contribuant financièrement ou sous forme de matériaux offerts pour la construction d’hôpitaux. En pratiquant ces bonnes actions nous accumulons du punna kamma (karma en sanscrit)  (du kamma favorable et bon). 

 

Il existe deux formes différentes de pratique bouddhique appelée le Bouddhisme kammique et le Bouddhisme nibbanique, dénotées respectivement par les termes punna kamma et kusala kamma. Le Bouddhisme kammique consiste à accumuler du mérite, par exemple en pratiquant le dana au Sangha monastique ou à d’autres bénéficiaires. Le don est dans ce cas intéressé, car la personne qui fait preuve de générosité le fait pour avoir un fruit karmique positif (du punna kamma), pour réussir dans les affaires par exemple ou avoir une renaissance bienheureuse dans un monde céleste ou encore une renaissance favorable dans ce monde humain. Par-contre, la plus haute forme de Bouddhisme est le Bouddhisme nibbanique, à savoir quand nous faisons des dons désintéressés à des fins de détachement des biens matériels.
 
Nous pratiquons alors le Dana sans attachement. Nous produisons alors du kusala kamma, du kamma habile qui nous permet efficacement d’éliminer les souillures (kilesa) et d’arpenter le sentier qui conduit à la cessation du Samsara pour nous-mêmes, c’est-à-dire la réalisation du Nibbana. Dans notre société, la plupart des laïcs pratiquant le dana envers le Sangha et d’autres institutions, veulent faire leur propre publicité par vanité en faisant publier leur nom sur des panneaux de listes de donateurs. En vérité, le véritable dana, ce n’est pas cela. La vraie signification de « dana » est le détachement qui purifie le mental des souillures. Le dana du Bouddhisme kammique n’est pas mauvais en soi, car il génère du karma positif, mais il ne conduit pas au Nibbana et il devrait être abandonné par ceux qui le pratiquent afin d’accéder à la pratique de dana du bouddhisme nibbanique.
 
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que quand vous faites du dana au Sangha et que vous constatez qu’un moine a un mauvais comportement vis-à-vis du Vinaya, votre estime pour le Sangha risque d’être blessée. En vérité, il ne faut pas vous offusquer pour cela, car le moine transgresseur récoltera lui-même les fruits de son propre kamma négatif. Même dans la société laïque, quand vous pratiquez la charité envers des pauvres, des mendiants, etc., et que ces derniers font un usage malsain de votre don, ils se décevront eux-mêmes en récoltant un fruit karmique négatif correspondant. Ne soyez par conséquent pas déçu par leur conduite, car votre générosité donnera lieu à des fruits karmiques favorables.

 

 

 

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 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle