Centre Bouddhique International

Le Bourget - France

Revue 2020

 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle

#21 - Différence Entre Dhammā et Sankhāra

 

 

     Nous discuterons de la différence entre sankhāra, sankata et dhammā. Certaines descriptions indiquées  ici ne sont pas compatibles avec des significations données dans de nombreux textes Theravada communs. Toutefois, ils sont pleinement compatibles avec le Tipitaka. Vous êtres priés de m’envoyer un commentaire si vous trouvez un ou des éléments démontrant le contraire.

 

     . En premier lieu, il est important de se souvenir que le mot “dhamma” peut signifier diverses choses dans différents contextes. Dans “Buddha Dhamma”, cela signifie les “enseignements du Bouddha”.

 

     . Dhammā (avec un “a” long à la fin) est principalement utilisé pour indiquer une énergie créée par l’esprit; c’est aussi appelé un kamma beeja.

 

     . Mais “sabbe dhammā” dans “sabbe dhammā anattā” semble inclure toutes choses, tous les phénomènes appartenant à ce monde de 31 royaumes. Nibbāna n’y est pas inclus.

 

     . Je donne toujours des liens vers d’autres textes. Il n’est pas nécessaire de les lire, mais si quelqu’un a besoin de plus d’informations et de clarification, alors il devrait les lire. Cela donnera lieu au concept de “vraiment intégrer”.

 

     1. Il existe une confusion au sujet des termes sankhāra et dhammā dans les versets 277, 278 et 279 du Dhammapada; les premières lignes dans ces trois versets sont:

 

     . “Sabbē sankhāra aniccā“ ou “tous les sankhāra sont anicca (ne peuvent être maintenus pour notre satisfaction)”.

 

 
     . “Sabbē sankhāra dukkhā“ ou “tous les sankhāra conduisent finalement à dukkha (la souffrance)”.  
     . “Sabbē dhammā anattā“ ou “tous les dhammā sont dénués de substance (non fructueux) au final”.

 

     2.Les Sankhāra sont nos intentions, espoirs et rêves, suivis par nos paroles et nos actions aux fins de les réaliser.

 

     . Nous devrions noter que “sankhāra” signifie les trois formes  (manō sankhāra, vaci sankhāra, kāya sankhāra) qui conduisent à toute action, parole ou une simple pensée; toutefois, il se manifestent tous dans citta (nos pensées).

 

     . Si nous disons “Bonjour” à quelqu’un, cela est fait avec vaci sankhāra. Si nous marchons de la salle de séjour vers la cuisine afin de prendre une boisson, cela est fait avec kāya sankhāra. Mais ces actions ne produisent point de kamma vipāka; elles sont kammiquement neutres. Mais si nous insultons quelqu’un, c’est fait avec un vaci sankhāra fort (abhisankhāra) et cela produira un kamma vipāka.

 

     3. Si ces sankhāra (ou abhisankhāra) que nous générons conduisent à l’apparition d’un objet inerte ou une forme vivante, nous disons d’eux qu’ils conduisent à l’apparition d’un sankata.
Si quelqu’un a pour idée soudaine de bâtir une maison, il y pensera avec prudence (manō sankhāra), en parlera avec d’autres personnes (vaci sankhāra), et engagera des actions pour que cela se concrétise (kāya sankhāra). Dans ce cas, nos sankhāra donnent naissance à une maison, et cette maison est un sankata.

 

     4. Quand nous faisons quelque chose avec le corps (i.e., un mouvement corporel), qui est contrôlé par un  kāya sankhāra qui apparaît dans nos esprits.

 

     . Nous ne sommes pas des robots (la plupart des animaux inférieurs sont comme des robots).
 
Nous pouvons contrôler nos pensées, paroles et actions. Parfois il apparaît que nous nous contentons de faire les choses (certaines actions sont initiées comme kamma vipāka), mais si nous le voulons, nous pouvons changer nos actions. Essayez.

 

     . Quand nous nous parlons à nous-mêmes, cela implique des vaci sankhāra; ils apparaissent aussi dans nos esprits.

 

     . Les Mano sankhāra sont des pensées qui apparaissent automatiquement (en raison de kamma vipāka).

 

     5. Construire une maison en #3 au-dessus, pourrait ne pas impliquer des intentions morales/immorales, et ainsi l’on ne générerait point de sankhāra forts (appelés abhisankhāra) qui peuvent créer des kamma beeja (dhammā), qui peuvent donner lieu à des kamma vipāka dans le futur. Construire une maison est juste une action kammiquement neutre.

 

     Toutefois, projeter de tuer un être humain par exemple, implique des manō sankhāra et des  vaci sankhāra (dans la phase préparatoire) et puis ce projet est exécuté avec kāya sankhāra.
Dans ce cas, tous ces sankhāra sont des abhisankhāra, qui peuvent amener des mauvais kamma vipāka futurs, sous la forme de renaissance dans les apāya, ce qui inclut le royaume animal.

 

     6. Les Abhisankhāra (puissants ou forts sankhāra) donnent lieu à des kamma beeja, qui sont aussi appelés dhammā. Ceux sont des énergies qui furent créées par javana citta.  Elles peuvent donner lieu à des kamma vipāka.

 

     moment de la mort, un kamma beeja aussi fort ou un dhammā apparaît à l’esprit via “mananca paticca dhammēca uppaddati manō viññānan“. Ce nouveau viññāna est le patisandhi viññāna pour la nouvelle vie.
Donc, désormais une nouvelle vie est formée en tant que fruit de cet abhisankhāra. Cette nouvelle forme vivante est aussi appelée un sankata parce qu’elle fut basée sur ces sankhāra.

 

     7. Ce sankata vint à l’existence en raison de ces abhisankhāra immoraux produits lors de cet acte immoral. Il vint à l’existence à une période tardive via un kamma vipāka. 
C’est basiquement le lien entre l’esprit et la matière. Dans ce cas le sankata est un rūpa (fait de matière) qui est crée par un abhisankhāra qui surgit dans l’esprit.

 

     Cette maison fut juste assemblée en utilisant des rūpa déjà existants. Mais il est aussi possible de “créer” une matière nouvelle si l’on a des pouvoirs abhiññā. Tous les deux sont appelés des sankata.

 

     8. Tous les rūpa (incluant des objets visibles, des sons, des odeurs, des goûts et des sensations tactiles) que nous expérimentons dans ce monde sont des  sankata, et ils subissent tous des changements imprévisibles et à la fin ils sont détruits.

 

     .Le point crucial est que nous bâtissons notre propre futur par nos actions, paroles et pensées. Les actions morales conduisent à de bons kamma beeja/dhammā qui donneront lieu à de bonnes renaissances (en tant qu’être humain, dēva, et dans les mondes de brahma).

 

     Toutefois, aucun de ces nouveaux sankata  ne durera pour toujours; même quand on est né dans les mondes de dēva ou de brahma, cette énergie kammique sera épuisée un jour, et ensuite l’on sera dirigé vers la renaissance subséquente dépendant du plus puissant kamma beeja/dhammā présent à ce moment.

 

     La seule différence c’est que l’on ne sera pas assujetti aux nombreuses souffrances des apāya, tandis que nous serons amenés à nous délecter d’une “belle vie” dans un monde supérieur. Nous avons tous traversé ce “voyage sans fin dans la plupart des 31 royaumes” dont l’origine est inscrutable.

 

     9. Un autre point important est que le résultat intrinsèque de tous ces “voyages à travers divers royaumes” est la souffrance. Il en est ainsi parce que nous avons tendance à faire des choses immorales en “ recherchant du plaisir” et nous naissons le plus souvent dans les apāya.

 

     A la base, chaque sankata, que nous faisons pour nous-mêmes (que ce soit une maison ou une nouvelle vie dans un royaume de dēva), ne peut être maintenu pour notre satisfaction sur le long terme. Une maison aura besoin de réparations, et pourrait éventuellement être brûlée ou inondée. Une nouvelle vie dans un monde de dēva prendra fin un jour, et l’on retournera à la case départ.
C’est pourquoi il est dit que “Sabbē sankhāra aniccā“. Il en est ainsi parce que tout sankata a une durée de vie limitée, et de plus, il est sujet à des changements imprévus (viparināma) pendant cette existence.

 

     10. Quand nous ne parvenons pas à maintenir les choses pour notre satisfaction nous souffrons. Même si quelqu’un gagne un milliard de dollars et a une famille agréable, il devra tout laisser derrière lui quand il mourra. Mais même avant cela il pourrait y avoir nombre d’événements qui nous font souffrir (morts d’amis/de proches, maladies, perte de propriété, etc). C’est la nature de viparinama qui apparaît en raison de la nature de anicca.

 

     Et la cause racine de cette souffrance est sankhāra (plus correctement abhisankhāra). C’est pourquoi il est dit que, “Sabbē sankhāra dukkhā“.

 

      11. La seule chose qui n’est pas détruite est nāma gotta, qui sont juste les rapports de “tous les évènements” (sankhāra et abhisankhāra) de chaque courant de vie donné.
Tous ces termes différents pourraient prêter à confusion en premier lieu. Mais ils sont tous finalement doués de signification. Ils sont tous les pièces d’un grand puzzle.

 

     12. Le Vénérable Walpola Rahula Thero, dans son livre célèbre et par ailleurs excellent “L’enseignement du Bouddha” s’est quelque peu trompé quand il interpréta ces versets; il inclut Nibbāna dans dhammā (p. 57 de 1974 edition en anglais). Il conçut la différence entre dhammā et sankhāra comme étant Nibbāna.

 

     Mais comme vous pouvez le voir, sankhāra et dhammā sont deux entités différentes. Les Sankhāra sont ce que nous générons dans nos esprits.
Des sankhāra ou abhisankhāra forts conduisent à la création d’énergie kammique, et c’est un dhammā ou un kamma beeja.

 

     13. En outre, Nibbāna n’appartient pas à ce monde. Donc, dire que Nibbāna est anatta est une erreur extrêmement grande. Cette erreur résulta du fait que comme des millions de personnes pendant des centaines d’années, il avait été induit en erreur par les interprétations erronées de anicca, dukkha, anatta.
En outre anicca, dukkha, anatta sont des caractéristiques de “ce monde de 31 royaumes”; Nibbāna n’y est pas inclus.

 

     14. Quand nous produisons des abhisankhāra (des formes de sankhāra forts), qui conduisent à la formation de bons ou mauvais kamma beeja, ou dhammā, ces forts kamma beeja peuvent conduire à l’apparition de sankata (des êtres vivants et même de la matière inerte).
Et les nāma gotta (prononcé “nāma goththā) sont juste des rapports de ce qui est arrivé.

 

     15. Au contraire de sankhāra, kamma beeja, et sankata, les nāma gotta sont PERMANENTS (ils sont juste des rapports). C’est pourquoi quelqu’un qui a des pouvoirs abhiññā  peut revenir à tout moment dans le temps pour se rappeler des événements passés.

 

     Quand nous faisons quelque chose (un sankhāra) une “impression” (“nāma satahana“) se produit. Ainsi pour un être sensible donné, un « disque dur » de toutes les activités depuis des temps immémoriaux perdure, et c’est le nāma gotta de chacun. Toutes les vies antérieures et toutes les activités de vies précédentes sont stockées dans ce “courant de fichiers”, tel un film de la réalité (non de nature physique bien sûr).

 

     Quelqu’un qui a développé abhiññā grâce aux anariya jhana peut remonter les nāma gotta sur une période limitée; mais si les pouvoirs abhiññā furent développés grâce à des Ariya jhāna, une histoire beaucoup plus éloignée dans le temps peut être sondée.

 

     Un Bouddha peut remonter aussi loin qu’il le souhaite avec une vitesse stupéfiante (et pourtant il ne put sonder “un commencement” de nāma gotta de quelque être sensible que ce soit); C’est pourquoi il est dit qu’il n’existe aucun temps originel au processus des renaissances.

 

     16. Il est plus facile d’expliquer ce “nāma gotta” à l’aide d’un exemple. Prenons par exemple deux célèbres présidents des Etats-Unis, John Kennedy et Ronald Reagan. Leurs “corps physiques” ne sont plus auprès de nous, i.e., leur “rūpa” ou corps physiques (qui étaient des sankata) ont décliné il y a longtemps. Mais leur nāma gottta sont auprès de nous jusqu’à un certain point.

 

     Combien de leurs mémoires ou “nāma gotta” demeure auprès d’une personne donnée dépend étroitement de l’intimité de la manière dont cette personne s’est associée avec eux. Au moment où nous disons, “John Kennedy” ou “Ronald Reagan”, leur image apparaît dans notre esprit. Pas seulement leur image, ceux qui les rencontrèrent pourraient se souvenir de ceci de façon vivace et probablement cet événement peut apparaître dans leur esprit comme s’ils regardaient un film.

 

     Pareillement, nous pouvons nous souvenir de nombre des “événements” de nos vies ou parties de notre “nāma gotta“; et certains enfants parviennent même à se souvenir des événements de leur “nāma gotta” d’existences antérieures.

 

     Ce qui peut être fait avec des pouvoirs abhiññā est très similaire. Les pouvoirs abhiññā accroissent énormément la mémoire ou la capacité de “regarder en arrière” les événements passés de notre nāma gotta.

 

     17. Comme les nāma gotta ne déclinent point, les définitions de anicca (“ce qui ne peut être maintenu pour notre propre satisfaction”) ou dukkha (“conduisant finalement à la souffrance”) ne peuvent s’y appliquer.
     Par conséquent, les nāma gotta sont dénués des caractéristiques de anicca et dukkha.
Mais il n’existe aussi rien de substantiel au sujet des nāma gotta. Ainsi ils portent aussi la marque de anatta.
     Le mot dhammā est aussi utilisé dans d’autres contextes que kamma beeja. A la base, tout ce qui appartient à ce monde (incluant le Buddha Dhamma) est appelé un dhammā. 

 

     18. Les dernière paroles du Bouddha furent, “vaya dhammā sankhāra, appamādena sampādēta“, ou les “sankhāra sont des vaya dhammā, i.e., ceux qui conduisent à notre propre décès (i.e., conduisent à de mauvais fruits); donc, triez tel “san” sans délai” (“san” “pādēta“, qui rime avec “sampādēta“).
“Vaya” signifie la destruction ou le déclin; ici cela signifie spécifiquement la destruction de la moralité.

 

     Les Sankhāra sont de ces trois formes (manō, vaci, et kāya sankhāra) qui conduisent à “san” pour perpétuer le sansara.
Ainsi le Bouddha admonesta les bhikkhu selon quoi tous les sankhāra sont des “vaya dhamma” (ceux qui mènent à des conséquences négatives), et ainsi il les encouragea à clairement comprendre ce que sont les sankhāra.

 

     “Rūpaṃ jīrati maccānaṃ, nāmagottaṃ na jīrati“, ou, “les choses matérielles sont sujettes au déclin ou jirati (prononcé “jeerathi“) et à la mort ou la destruction (maccanam; prononcé ‘machchānam”), mais les nāma gotta ne déclinent point.“

 

Les “rūpa” de ces deux présidents des USA que nous avons mentionnés ci-dessus ont décliné et ils nous ont quitté. Mais leurs nāma gotta demeurent parmi nous, parce qu’ils sont mêlés à notre nāma gotta jusqu’à un certain point et nous pouvons accéder à notre nāma gotta par la mémoire.

 

     Quelqu’un qui possède des pouvoirs abhiññā peut contempler un nāma gotta complet non seulement en parcourant une vie entière, mais en remontant aussi à de nombreuses existences. Tous nos nāma gotta, remontant à des temps immémoriaux, sont présents que nous y accédions ou non.
Les dhammā — dans le sens général –sont à la base toutes choses de ce monde (incluant nāma gotta et paññāti ou les concepts) et ils sont également sans substance; ils sont tous anatta. Il n’y a aucune raison de “s’accrocher à eux”.

 

     Même le Buddha Dhamma, qui nous rend capables de réaliser Nibbāna devrait ultimement être abandonné (une fois que l’état de Arahant est réalisé). Le Bouddha compara le Buddha Dhamma à un radeau que l’on utilise pour traverser une rivière; une fois que la rivière est traversée, il est sans intérêt de porter le radeau sur notre dos. Donc, même le Buddha Dhamma n’a de valeur que jusqu’à ce que l’on réalise Nibbāna. 

 

     Seul Nibbāna, qui est réalisé en “abandonnant TOUTES CHOSES  dans ce monde matériel” est atta ou “ayant de la valeur.

 

 

 

 

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