Centre Bouddhique International

Le Bourget - France

Revue 2020

 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle

#19 - Assāda, Ādīnava, Nissarana – Introduction

 

 

     1. Cette sous-section remplace la vieille sous-section, “Āsvāda (les plaisirs nés de l’esprit), Ādeenava (les mauvais fruits), Nissarana (abandon ).

 

          1) En outre, cette sous-section fut consacrée au “Paticca Samuppāda“. Je l’ai orientée vers le   
              “stade de Sōtapanna” auquel elle est plus appropriée.

 

          2) Voici la prononciation des trois mots:

 

     2. Il existe deux catégories principales de “plaisirs” que l’on expérimente: (i) Ceux qui surgissent en raison du kamma vipāka, et (ii) les “plaisirs”nés de l’esprit où nous continuons à générer plus de   vacī sankhāra  (pensant/parlant à nous-mêmes dans nos esprits) nous rappelant une telle expérience de la première sorte. 

 

     . Par exemple, manger un morceau de gâteau qui fut donné par un ami génère une “bonne sensation” via le goût lui-même. Ceci appartient à la première catégorie. C’est un kamma vipāka et il n’y a pas de nouveau  kamma généré.

 

    . Mais si nous nous “attachons à ce goût” et commençons à penser à quel point il est agréable  et nous avons une envie de l’expérimenter à nouveau, alors nous générons des vacī sankhāra (pensant/parlant à nous-mêmes au sujet de l’agréable sensation qu’il procure), alors nous générons un “nouveau kamma“. Cette seconde catégorie est appelée  assāda.

 

          3) Par conséquent, les assāda sont essentiellement des “plaisirs nés de l’esprit”, i.e., seulement
              ceux appartenant à la seconde catégorie.

 

     . Ceux du premier type surgissent AUTOMATIQUEMENT en raison des entrées sensorielles. Ils surgissent en raison de notre kamma vipāka/gathi via les manō sankhāra. Les Manō sankhāra sont définis comme vēdanā, sanna qui apparaissent dans chaque citta.

 

Nous appuyant sur ces sensations initiales, nous sommes aussi susceptibles de commencer à générer des vacī sankhāra (nous parlant à nous-mêmes, ce qui est défini comme (vitakka/vicāra) et ensuite générer même des sankhāra (paroles et actions). Nous pouvons CONTRÔLER cette catégorie, et c’est la clé pour changer nos gathi souillés.

 

     . Il est important de réaliser que les vacī sankhāra ne sont pas liés à la parole.

 

          4) Il n’y a rien que nous puissions faire pour arrêter la première catégorie. Par exemple, même un Arahant RESSENTIRA le goût “agréable” du sucre ou d’un repas savoureux (ou la salinité du sel ou encore le caractère déplaisant de certains médicaments/certaines nourritures, etc). Mais il/elle NE SERA pas attaché(e) à ce goût et ne le désirera pas à nouveau.

 

     . Ce sont cette envie impérieuse  et les pensées conscientes (vacī sankhāra) subséquentes à son sujet qui sont appelées assāda, et c’est ce qui est mauvais parce que cela prolongera le voyage dans le samsāra rempli  de souffrances dont nous discuterons dans le détail dans cette sous-section.

 

Donc, il est important de distinguer entre la génération AUTOMATIQUE de manō sankhāra(en raison de vipāka) et la génération CONSCIENTE de vacī et kāya sankhāra.

 

          5) Ce sont ces générations CONSCIENTES de vacī et kāya sankhāra qui contribuent à la souffrance future (et qui conduit aussi à tāpa ou “la chaleur” dans l’esprit à effet immédiat).

 

     . Nous nous “accoutumons” à des choses telles que les drogues, l’alcool, et même en mangeant trop et en pensant constamment à eux. Nous avons tendance à nous rappeler les expériences passées et à créer dans nos esprits de telles expériences futures. Cela se résume à générer des vacī sankhāra (nous parlant à nous-mêmes). Si nous en prononçons les mots, c’est un kāya sankhāra parce que nous avons besoin de mouvoir des parties de notre corps comme la bouche et la langue.

 

     . C’est ainsi que nous renforçons des “vieilles mauvaises habitudes” et même développons  de “nouvelles mauvaises habitudes” ou gathi. Ces habitudes ou gathi pourraient être des gathi samsāriques  ou de nouvelles.

 

     . Ce concept important de gathi n’est pas discuté dans la littérature Theravada habituelle, mais il peut expliquer de nombreux autres concepts.
          6) Plus nous nous délectons de tels “plaisirs nés de l’esprit” ou assāda, plus sont établis les gathi qui y sont associés. Par exemple, un consommateur de drogues/un alcoolique pense constamment que ce soit aux expériences passées ou encore aux nouvelles, et donc il “construit” ce gathi. Ensuite il deviendra de plus en plus difficile de se libérer de l’emprise des drogues/de l’alcool.

 

     . Il existe également une conséquence encore pire: ce gathi devient ce que l’on désire ardemment/ce à quoi l’on pense et il deviendra opérationnel dans paticca samuppāda via “upādāna paccayā bhava“. On peut initier une cycle de PS juste dans l’esprit en pensant à la possibilité d’être ivre en initiant des vacī sankhāra et en générant “bhava ou l’existence d’un ivrogne”. Puis bien sûr on y adhérera en buvant, ce qui est fait via des kāya sankhāra. Très bientôt on finira alcoolique.

 

     . Par conséquent, ādīnava signifie “les mauvaises conséquences ou les dangers”. Dans ce cas, ce que nous percevons comme étant des “plaisirs mentaux” (assāda) AURA de mauvaises conséquences à la fois dans cette vie et dans les vies futures: Dans l’exemple cité ci-dessus, on est susceptible d’entrer en relation avec une “mère alcoolique” dans la prochaine naissance, et de naître en tant qu’alcoolique.

 

          7) Il existe une autre façon d’exprimer la Première Noble Vérité. Ce qu’une personne normale pense être “sōmanassa” (“suva” + “manasa” o “bonnes sensations dans le mental”) PEUT en réalité être la cause de souffrances FUTURES, mais SEULEMENT SI on s’y attache, tel que cela a été discuté ci-dessus.

 

     Notez la différence entre consommer de la nourriture savoureuse et s’y attacher; voir une belle photo et s’y attacher; écouter une belle musique et s’y attacher, etc.

 

     . Atteindre ce stade consistant à être capable d’expérimenter des “choses agréables” sans s’attacher à elles n’est pas facile; cela n’est pas réalisable à moins d’atteindre le stade d’Anāgāmi. Cela requiert plus de savoir et de contemplation (Satipatthāna bhāvanā).

 

     . Toutefois, pour réaliser le stade de Sōtapanna, on a besoin pour le moins de “voir avec sagesse” que les assāda conduisent aux ādīnava; quand cette compréhension fleurira, cela nous empêchera de commettre des apāyagāmi kamma, i.e., notre esprit se libérera du niveau grossier des assāda. Cette sous-section peut nous aider à obtenir cette “vision”.

 

         8) Quand on comprend pleinement les mauvaises conséquences (ādīnava) de ces plaisirs nés de l’esprit (assāda), cela signifie qu’on a compris la Première Noble Vérité au même titre que ses causes, comment éliminer ces causes, et la voie qui y conduit, i.e., les Quatre Nobles Vérités.

 

     . Cela conduit à la cessation du voyage samsārique et cela s’appelle Nissarana (la fin de “carana” ou du voyage (“nis” + “charana”, qui rime avec “nissarana”).

 

     . Mais c’est un processus d’étape par étape qui commence avec le stade de Sōtapanna Anugāmi  et qui culmine avec le stade de l’Arahant.

 

          9) Cela nécessitera plusieurs articles pour expliquer ces choses dans le détail. Toutefois, les comprendre sera d’une aide précieuse pour aborder les cycles de paticca samuppāda et aussi avec Satipatthāna/Ānāpana bhāvanā.

 

     . Les premières sous-sections de la section du “Dhamma vivant” contient tous les principes fondamentaux qui sont nécessaires pour comprendre cette sous-section. Les articles mentionnés dans #3 and #4 sont particulièrement importants.

 

     . Les Assāda sont en relation à la fois avec les āsava et les anusaya, aussi bien qu’avec gati (ou gathi) comme nous les avons mentionnés ci-dessus. Il existe de nombreux articles dans le site au sujet de ces concepts clés, et plusieurs ont été listés dans #4 ci-dessus. On pourrait utiliser le bouton “Search” en haut à droite afin de localiser les articles pertinents.

 

     . Ci-dessous nous discuterons au sujet de plusieurs exemples de assāda, ādīnava et nissarana avec des mots simples.

 

          10) Il existe de nombreuses choses que nous connaissons et qui procurent une gratification immédiate, mais qui sont nuisibles sur le long terme. Un bon exemple est la tabagie. Un fumeur éprouve du plaisir en fumant. En outre, il/elle veut que l’expérience se répète encore et encore, et c’est assāda. Mais il a été prouvé sans l’ombre d’un doute que le fait de fumer sur le long terme cause de nombreux problèmes de santé incluant des cancers.

 

     . Bien que la tabagie ait décliné au fil des ans, il y a encore beaucoup de personnes qui fument. J’avais un ami  plus âgé que moi qui fumait abondamment; je lui demandai pourquoi il persistait à le faire alors qu’il en connaissait les mauvaises conséquences. Il dit que cette habitude avait été enracinée et qu’il était difficile de la briser.
 
     Ceci arriva il y a de nombreuses années et il mourut à cause de cette mauvaise habitude. Les dernières années de sa vie furent passées dans des hôpitaux, avec des parties de ses poumons extraites morceau après morceau et finalement il était sous oxygène la plupart du temps.
Bien sûr il abandonna la tabagie alors qu’il était sur le point de se faire hospitaliser. A ce moment il vit clairement le “ādīnava” (quand il en expérimenta réellement les mauvaises conséquences), il était trop tard. Le mal avait été fait.

 

          11) Toutefois, ses enfants virent clairement ce qu’il traversa, et comprirent que la tabagie pouvait procurer des plaisirs temporaires (assāda), mais qu’elle est vouée à de mauvaises conséquences (ādīnava). Ainsi ils évitèrent de fumer (nissarana).

 

     . C’est le point crucial dont nous prouverons la validité pour N’IMPORTE QUEL plaisir sensoriel au final. Mais soyez sans inquiétudes; il ne nous est pas demandé (et nous ne le pouvons pas de façon effective) de tout abandonner sans compréhension. En fait un tel “abandon” forcé ne conduira qu’à plus de stress. Nos esprits éviteront automatiquement de plus en plus de “mauvaises choses” tandis que nous continuons à étudier le Dhamma.

 

     . Il existe plusieurs autres exemples de “assāda, ādīnava, nissarana“ relativement faciles à voir, même avant que nous accédions à une analyse approfondie dans le prochain article.

 

     . Le désir impérieux de nourritures savoureuses en est un autre exemple très clair. La plupart d’entre nous ne pouvons “voir” les mauvaises conséquences de s’adonner à la gloutonnerie et en tant que conséquence nous assistons à un problème d’obésité dans la plupart des pays. Toute ceci se solde par de nombreux problèmes de santé pour chaque personne qui en souffre, et aussi cela conduit à des coûts accrus de soins médicaux pour tous. Pourtant de nombreuses personnes commencent à voir la vérité de “assāda, ādīnava, nissarana” liés à la surconsommation de nourriture.

 

     . La beuverie, l’usage de drogues, l’association avec de mauvais amis, sont des exemples supplémentaires relativement “faciles à observer”.

 

          12) Toutefois, nous pouvons systématiquement comprendre les “causes racines” de TOUS ces problèmes en utilisant les directives fournies par le Bouddha. Un fois que nous comprenons les causes racines réelles, au moins quelques uns d’entre nous peuvent y réfléchir et éviter non seulement de tels “problèmes mondains”, mais commencer à percevoir des bénéfices sur le long terme: C’est la même ligne de raisonnement qui finalement conduit aux quatre stades de Nibbāna.

 

     . Ainsi bien que le Buddha Dhamma se focalise sur “l’élimination de la souffrance à long terme”, il peut aussi nous aider à réduire les “souffrances à court terme”.

 

     . Un exemple clair de tout ceci, on peut toujours examiner la santé des moines bouddhistes. En moyenne ils sont en bien meilleure santé que les “maîtres de maison” dans n’importe quel pays bouddhiste. Ils ne fument pas et ils ne mangent pas plus que nécessaire.

 

     . Et on peut constater de façon claire leur “cœur joyeux” et le calme de leurs esprits bien qu’ils n’aient que peu de possessions et qu’ils ne recherchent pas de gratification dans de nombreux plaisirs sensuels auxquels d’autres accordent tant de valeur.

 

          13) Ce dernier point mérite que l’on s’y attarde un peu plus. Si quelqu’un y pense suffisamment profondément, il/elle peut voir que même des “plaisirs sensoriels” commun ne sont pas tellement différents du plaisir que l’on ressent en inhalant une drogue. Ils provoquent une“explosion de plaisir” hautement jouissive, mais ils conduisent inévitablement à de mauvais résultats même à court terme. On a une gueule de bois avec un violent mal de tête en raison d’une beuverie, et dans le cas de surconsommation de nourriture on peut ressentir une sensation de “malaise” sur le champ.

 

     . Nous recherchons de tels plaisirs sensoriels parce que nous ne réalisons pas la valeur inhérente au simple fait d’expérimenter un mental paisible et calme. On ne comprend pas la valeur d’un “esprit neutre” (qui est appelé upekkhā), à moins de l’expérimenter. C’est comme se débarrasser d’un mal de tête dont l’on souffrait depuis longtemps. Nous ne réalisons pas le “stress incessant” qui est en nous, jusqu’au moment où nous le réduisons.

 

     . Nos esprits sont constamment sous l’influence de plaisirs sensoriels générateurs de stress. C’est ce que nous avons fait aussi lors de renaissances antérieures innombrables. C’est pourquoi il est difficile d’en reconnaître  les conséquences négatives.

 

           14) Dans le Sambhōdhi Vagga de l’Anguttara Nikāya, il existe plusieurs sutta sur assāda, ādīnava, nissarana. Le “Pubbeva Sambodha Sutta (AN 3. 103)” contient une déclaration succincte sur ce qu’ils sont:

 

“..ko nu kho loke assādo, ko ādīnavo, kiṃ nissaraṇan’ti? Tassa mayhaṃ, bhikkhave, etadahosi: ‘yaṃ kho lokam paṭicca uppajjati sukhaṃ sōmanassaṃ, ayaṃ loke assādo. Yaṃ loko anicco dukkho vipari­ṇāma­dhammo, ayaṃ loke ādīnavo. Yo loke ­chanda­rāga­vinayo chanda­rāgap­pahānaṃ, idaṃ loke nissaraṇan’ti..”.

 

     Traduit : “..Que sont assāda, ādīnava, et nissarana dans ce monde? Si l’on s’attache (paticca) à sukha/sōmanassa qui est assāda, cela donne lieu aux dhamma (qui sont les semences d’une souffrance future, parce que ce sont véritablement des “semences de kamma”) ayant la nature de anicca, dukkha, et viparināma, et cela s’appelle ādīnava. L’apparition de tels dhamma peut être arrêtée en  réprimant le tendance de s’adonner aux plaisirs des sens (chanda­rāga­vinayo), et ainsi se débarrasser de l’envie impérieuse de plaisirs sensoriels (chanda­rāgap­pahānaṃ)..”.

 

     . Nous devrions noter que sukha est “le plaisir corporel” et sōmanassa est “le plaisir mental”. Nous discuterons ce verset très condensé dans les articles suivants.

 

     . Dans ce sutta le Bouddha dit qu’il était incapable de réaliser la Bouddhéité jusqu’à ce qu’il réalise le besoin de contempler les dangers liés aux attachements sensuels, et de travailler diligemment afin de se débarrasser de telles envies impérieuses à l’égard des plaisirs sensoriels.

 

     . Il est important de noter que les dhammā sont réellement des semences de kamma qui conduisent à de futurs vipāka. 

 

          12) Il existe de nombreux autres sutta qui discutent au sujet de ces trois concepts clés. En particulier“ Assada Sutta (AN 6 -112) est à garder à l’esprit car il lie assāda ditthi à anicca saññā:
““Tayome, bhikkhave, dhammā. Katame tayo? Assādadiṭṭhi, attānudiṭṭhi, micchādiṭṭhi. Ime kho, bhikkhave, tayo dhammā. Imesaṃ kho, bhikkhave, tiṇṇaṃ dhammānaṃ pahānāya tayo dhammā bhāvetabbā. Katame tayo? Assādadiṭṭhiyā pahānāya aniccasaññābhāvetabbā, attānudiṭṭhiyā pahānāya anattasaññā bhāvetabbā, micchādiṭṭhiyā pahānāya sammādiṭṭhi bhāvetabbā. Imesaṃ kho, bhikkhave, tiṇṇaṃ dhammānaṃ pahānāya ime tayo dhammā bhāvetabbā”ti“.

 

     . La contemplation de anicca saññā conduit à la suppression de assāda ditthi. 

 

     . C’est en raison du fait que les plaisirs nés des sens (assāda) sont basés sur la perception  erronée de nicca saññā, i.e., que ces expériences sensorielles sont réelles et fructueuses.

 

 

 

 

 

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