Centre Bouddhique International

Le Bourget - France

Revue 2020

 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle

#15 - LA PERFECTION DU DON 

Par l’Acariya Dhammapala

 

 

     D’après le Cariyapitaka Atthakatha, traduit par Bhikkhu Bodhi dans //Le Discours sur l’ensemble tout-pénétrant des Vues: Le Brahmajala Sutta et ses commentaires// (BPS, 1978), pp. 289-96,
pp. 322-23.

 

     La perfection du don doit être pratiquée afin d’en faire bénéficier les êtres par des voies diverses – en abandonnant notre propre bonheur, nos possessions, notre corps et notre vie pour les autres, en dissipant leur peur et en les instruisant dans le Dhamma.

 

     Ici, donner est de nature triple par le biais de l’objet destiné au don: le don de choses matérielles (//amisadana//), le don de l’absence de peur (//abhayadana//), et le don du Dhamma (//dhammadana//).  Parmi ces derniers, l’objet destiné au don peut être de deux sortes: interne et externe.  Le don externe est de dix sortes: nourriture, boisson, vêtements, véhicules, guirlandes, parfums, onguents, literie, habitations et lampes. Ces dons, à nouveau, deviennent multiples si l’on analyse leurs constituants, e.g., la nourriture en nourriture lourde, nourriture légère, etc. 
 
     Le don externe peut être aussi de six sortes quand il est analysé par le biais des objets de perception sensorielle: formes visibles, sons, odeurs, goûts, tangibles, et des objets non-sensoriels. Les objets sensoriels, tels que les formes visibles, deviennent multiples quand ils sont analysés en tant que bleu, etc.  Donc aussi, le don externe est multiple par le biais des divers objets de valeur et possessions, tels que les joyaux, l’or, l’argent, les perles, le corail, etc.; les champs, les terrains, les parcs, etc.; les esclaves, les vaches, les buffles, etc.

 

     Quand le Grand Homme (le Bodhisatta) fait don d’un objet externe, il donne tout ce qui est nécessaire à quiconque se trouve dans le besoin d’une telle chose; et sachant par lui-même que quelqu’un est dans le besoin de quelque chose, il le donne même si aucune demande n’est formulée, donnant beaucoup plus quand cela lui est demandé.  Il donne suffisamment, non insuffisamment, quand quelque chose est destinée au don. Il ne donne pas parce qu’il espère quelque chose en retour.
 
     Et quand il n’y a pas assez de choses pour satisfaire les besoins de tous, il distribue de façon équitable tout ce qui peut être partagé. Mais il ne donne pas des choses qui provoquent de la souffrance chez autrui, telles que des armes, des poisons et des intoxicants. Il ne fait pas don non plus d’articles d’amusements qui sont nuisibles et qui conduisent à la négligence. Et il ne donne pas de nourriture ou une boisson inappropriée à une personne qui est malade, quand bien même cette dernière en demanderait, et il ne donne pas ce qui est approprié au-delà des justes proportions.

 

     A nouveau, quand on le lui demande, il donne aux maîtres de maisons des choses qui sont appropriées pour les maîtres de maison, et aux moines des choses qui sont appropriées pour les moines. Il fait des dons à sa mère et à son père, compatriotes et proches, amis et collègues, enfants, épouse, esclaves et travailleurs, sans infliger la moindre souffrance à quiconque.
 
     Ayant promis un don excellent, il ne donne pas quelque chose de méchant. Il ne donne pas parce qu’il désire des gains, des honneurs, ou la gloire, ou parce qu’il espère quelque chose en retour, ou parce qu’il espère quelque bénéfice différent de l’illumination suprême. Il ne donne pas en détestant le don lui-même ou ceux qui le demandent. Il ne donne pas un objet rejeté comme don, pas même aux mendiants non restreints qui le méprisent et l’injurient. D’une humeur égale il donne avec soin, avec un esprit serein, rempli de compassion.  Il ne donne pas avec la croyance en des présages superstitieux: mais il donne en croyant au kamma et à ses fruits.

 

     Quand il donne il n’afflige point ceux qui réclament un don en les contraignant à lui rendre des hommages, etc.; mais il donne sans affliger autrui. Il ne fait pas un don avec l’intention de décevoir autrui ou avec l’intention de blesser quelqu’un; il donne seulement avec un esprit sans souillures.  Il ne fait pas un don avec des paroles rudes ou un froncement de sourcils, mais avec des paroles affectueuses, un discours convivial et un sourire sur son visage.

 

     Quelle que soit l’avidité vis à vis d’un objet spécifique qui devient excessive, en raison de sa grande valeur et de sa beauté, son antiquité, ou de l’attachement qu’il suscite, le Bodhisatta reconnaît son avidité, la dissipe rapidement, recherche des bénéficiaires, et il l’abandonne. Et s’il y a un objet de valeur limitée qui peut être donné ou un suppliant qui le réclame, sans arrière-pensée il le lui donne, en l’honorant comme s’il était un sage non encore révéré.
 
     Demandé par ses propres enfants, son épouse, ses esclaves, ses travailleurs et ses servants, le Grand Homme ne leur fait point de dons s’ils n’en sont point désireux, affligés par le chagrin. Mais quand ils le souhaitent et remplis de joie, alors il leur en fait don. Mais quand il sait que ceux qui le demandent sont des êtres démoniaques  -- ogres, démons ou lutins – ou hommes aux penchants cruels, alors il ne leur donne rien. Donc aussi, il ne cédera point son royaume à ceux qui ont l’intention de faire du mal, provoquer de la souffrance et de l’affliction dans le monde, mais il le donnera aux hommes justes et droits qui protègent le monde avec le Dhamma.

 

     Ceci, premièrement, est la voie pour pratiquer les dons externes.

 

     Le don interne devrait être compris de deux manières différentes. Comment? De la même manière qu’un homme, aux fins d’obtention de nourriture et de vêtements, s’abandonne à un autre et se réduit à la servitude et à l’esclavage, de cette manière le Grand Homme, qui souhaite le bien-être suprême et le bonheur de tous les êtres, désirant atteindre sa propre perfection dans le don, avec un esprit enclin à la spiritualité, aux fins de réaliser l’illumination, s’abandonne à un autre et se réduit à la servitude, se mettant à la disposition d’autrui.
 
     Quels que soient les membres ou organes de son corps qui seront nécessaires à autrui -- mais, pieds, yeux, etc. -- il les abandonne à ceux qui en  ont besoin, sans trembler et sans se recroqueviller. Il n’est plus attaché à eux et ne montre plus de réticences (à en faire don à autrui), comme s’il était des objets externes. Ainsi le Grand Homme abandonne un objet interne de deux façons différentes: pour le plaisir d’autrui selon sa nature; ou, tandis qu’il exauce le souhait de ceux qui le demandent, pour sa propre maîtrise de soi.  Dans ce domaine il est totalement généreux, et pense: "Je réaliserai l’illumination par le non-attachement."  De cette manière le don d’objet interne devrait être compris.

 

 

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