Centre Bouddhique International

Le Bourget - France

Revue 2020

 Samadhi Bouddha Statue - Anuradhapura - Sri Lanka  IV-Ve Siècle

#14 - Pancha Nivarana

Palitha  Manchanayake, Sydney, Australie

 

 

     Les Pancha Neevarana en langue se réfèrent aux ‘Cinq Entraves’. Les mots Pali Pancha Neevarana signifient respectivement ‘cinq’ et ‘entraves’. Une ‘entrave’ est quelque chose qui ‘interrompe’, ‘retarde’, ‘interfère’, ‘fait obstruction’ ou ‘constitue un obstacle ou une barrière’ pour atteindre un certain but. Dans ce cas, le but est de réaliser la paix du mental, la tranquillité et la stabilité de l’esprit.

 

     Il existe cinq variétés d’obstacles de l’esprit qui demeurent en tant que tels et qui par conséquent empêcheraient la réalisation de la vision mentale consistant en cette paix, cette tranquillité et cette stabilité de l’esprit. Elles sont Kama-Chanda (le désir sensuel),  Vyapaada (la malveillance), Thina-Middha (la paresse et la torpeur), Uddhachcha-Kukkuchcha (l’agitation, le regret et l’inquiétude), Vichikichcha (le doute sceptique) et elles se forment dans nos esprits.

 

     Kama-Chanda est le désir qui se forme dans nos esprits pour jouir des divers apports que nous recevons de nos six sens, nommément par les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit, tout en vivant dans ce monde. En lien avec ceci, il est tout à fait naturel que la personne soit « emportée » par ces différents apports. Si quelqu’un ne souhaite point courir après ces désirs, ce serait comme nager à contre-courant des flots naturels.

 

     Vyapaada est la colère, la malveillance, l’aversion ou la haine que l’on cultive contre une personne ou une organisation ou encore une méthodologie, etc.

 

     Dans Thina-Middha, Thina est la fainéantise, le fait d’être inactif ou encore la paresse générale, tandis que Middha est la nature gelée ou la léthargie qui prévaut dans notre esprit de temps à autre.

 

     Dans Uddhachcha-Kukkuchcha, Uddhachcha est l‘agitation ou la nature excitée ou agitée d’une personne, alors que Kukkuchcha est le regret et l’inquiétude qui prévaut dans notre esprit.

 

     Vichikichcha est le doute sceptique au sujet du Ti-Sarana (le triple joyau), nommément le Bouddha, le Dhamma, le Sangha, Patipada (le sentier), la passé et le futur, Idapachchayatha (la production interdépendante).

 

     Habituellement les personnes pourraient supprimer les Pancha Nivarana par une des deux méthodes de développement mental. La première méthode est Samatha Bhavana (la méditation sur le calme mental) et la seconde méthode est Vipassana Bhavana (la méditation introspective). Avec Samatha Bhavana, la personne établit un état d’esprit concentré, sans agitation et paisible, qui la libère temporairement des Kilesa (les souillures). C’est un développement mental qui instaure un Chiththa Samadhi (immobilité du mental). Comment c’est accompli dans Samatha Bhavana, simplement en fixant l’esprit dispersé sur un objet unique ou sur une seule activité en le rendant introverti sur un point de focalisation, atteignant ainsi Chiththa Ekaggatha (fixation de l’esprit sur un objet unique), ce qui donne lieu à Passaddhi (tranquillité de l’esprit) et Chiththa Samadhi (immobilité du mental). Cette procédure pourrait calmer la personne très profondément, et dans ce processus elle finirait par se libérer des Kilesa temporairement. Les Kilesa (souillures) sont les qualités malsaines et polluantes du mental qui ternissent les facteurs mentaux qui leur sont associés. Elles sont (I)

 

     Lobha (l’avidité) (II) Dosa (la haine) (III) Moha (l’illusion) (IV) Maana (la vanité) (V) Ditthi (les vues spéculatives) (VI) Vichikichcha (le doute sceptique) (VII) Thina (la torpeur mentale) (VIII) Uddhachcha (l’agitation) (IX) Ahirika (l’absence de honte) (X) Anottappa (le manque d’effroi moral ou l’inconscience). 

 

     Le Chiththa Samadhi pourrait être expliqué comme étant analogue à un ‘bon détergent’’ qui nettoie toute la saleté qui se trouve sur nos vêtements. Quand le Chiththa Samadhi est établi, tous ces souillures sont effacées, donnant lieu à un esprit apaisé. Dans Samatha Bhavana, une fois que le Chiththa Samadhi est développé, la ‘tranquillité mentale’ est réalisée là où les Kilesa sont temporairement contenus, et les Pancha Nivarana sont également temporairement abandonnés. 

 

     Dans le Vipassana Bhavana, avec le Khanika Samadhi (la concentration momentanée) le yogi sera apte à discerner et à noter tous les phénomènes dès qu’ils apparaissent. Ce serait une forme dynamique de concentration où l’attention en pleine conscience correspondante qui se propage sur l’objet et l’observation qui en résulte sont aussi dynamiques. Quand le Khanika Samadhi se développe, le yogi aspire à un objet qui se meut constamment. Il existe une différence essentielle entre le Samatha Bhavana et le Vipassana Bhavana, où le yogi observe la formation (apparence) et la disparition des Naama-Rupa (phénomènes mentaux et physiques) tels qu’ils apparaissent dans son esprit.

 

     Comme cela se produit dans la phase Dhamma-anupassana des Sathara Sathi Pattaana (les quatre contemplations de l’attention en pleine conscience) quand le yogi a déjà franchi les degrés Kaya-anupassana, Vedana-anupassana et le Chiththa-anupassana, il pourra alors contempler les objets mentaux tels qu’ils apparaissent. Cela pourrait être la contemplation des Pancha Nivarana, Sapta Bojjanga Dhamma (les sept facteurs de l’éveil),  Pancha-Upadana-Skandha (les cinq agrégats de l’appropriation),  Dwadasa Aayathana (les douze bases sensorielles, six internes et six externes) et Chathur Arya Sachcha (les quatre nobles vérités).

 

Les Sapta Bojjanga Dhamma comprennent Sati (l’attention en pleine conscience), Dhamma-Vichaya (investigation dans la compréhension claire), Viriya (effort), Preethi (joie), Passaddhi, Samadhi et Upekkha (l’équanimité). Les Pancha-Upadana-Skandha comprennent Rupa (la corporéité), Vedana (les sensations), Sanna (la perception), Sankhara (les formations mentales) et Vinnana (la conscience).
  
     Les Dwadasa Aayathana comprennent les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le corps et l’esprit en tant que Ajjaththa (base interne) et les objets visuels, les sons, les odeurs, les goûts, les contacts physiques et les mémoires en tant que Bahijja (base externe).

 

     Les Chatur Arya Sachcha comprennent Dukkha Sachcha (la noble vérité de la souffrance), Samudaya Sachcha (la noble vérité de la cause de la souffrance), Nirodha Sachcha (la noble vérité de la cessation de la souffrance) et la Magga Sachcha (la noble vérité du sentier qui conduit à la cessation de la souffrance).

 

     Dans le Sathi Pattaana Sutta et la section Dhamma-Anupassana où apparaît la mention Dhammesu Dhamma-Anupassee Viharathi, la première chose sur laquelle nous devrions nous concentrer sera le Pancha Nivarana. Tel que cela a été mentionné précédemment dans l’article, le Pancha Nivarana comprend explicitement cinq éléments, Kama-Chanda, Vyapaada, Thina-Middha, Uddhachcha-Kukkuchcha, et Vichikichcha, nous devrons les prendre chacun individuellement afin de les contempler chacun séparément. Si nous prenons Kama-Chanda par exemple, nous devrions le contempler afin de voir si Kama-Chanda existe ou non dans notre esprit à ce moment précis.

 

     S’il existe réellement, alors cette personne devrait savoir qu’il existe et elle devrait en prendre conscience. S’il n’existe pas, alors cette personne devrait savoir qu’il n’existe pas et elle devrait aussi prendre conscience de cela. Si le non-existant Kama-Chanda se développe à un moment en raison d’une cause quelconque, alors cette personne devrait connaître cette cause particulière, et aussi si le Kama-Chanda cesse d’exister en raison d’une cause quelconque, alors cette personne devrait connaître cette cause particulière également.
 
     Pareillement, cette personne devra contempler les quatre autres Nivarana également. Si le yogi réalise qu’il/elle est libre des Pancha Nivarana à un moment particulier, alors cette connaissance boostera beaucoup son moral, et de façon subséquente cela produira de la Preethi (joie) chez cette personne. Cette Preethi a divers degrés  tels que le contentement, la satisfaction et le ravissement. Puis ultérieurement, Preethi donnera lieu à Sukha (la joie), Passaddhi (la tranquillité) et Samadhi (l’immobilité) dans l’esprit de cette personne.

 

     A mesure que le yogi pratique cette procédure plus souvent, cette forme de pratique l’amènera à expérimenter un Dharmatha (processus naturel). En continuant cette pratique, si le yogi réalise à un moment précis qu’un nouveau Nivarana a pénétré dans son « système », alors il/elle devrait l’observer avec plus de diligence avec Sati. Bien que Sati se soit vu attribué la signification d’attention en pleine conscience, il  pourrait être décrit par des voies multiples telles que ‘observation sans jugement’, ‘vigilance impartiale’, ‘conscience superficielle’, ou ‘attention nue’.
 
     Tandis qu’il ou elle demeure dans Sati, s’il ou si elle réalise qu’un des Nivarana a désormais pénétré dans la sphère de son système mental, alors cette personne devrait suivre les instructions données dans le Paapan Paapatho Passatha signifiant ‘observe le mal en tant que le mal’. Ici précisément, Paapa (le mal) est le Kilesa dominant. Après cela en ne faisant que noter le simple fait que ‘le mal est déjà rentré’, il abandonnerait de façon routinière ce Nivarana particulier et ce dernier mourrait de lui-même.
 
     L’analogie donnée ici est que si un voleur essaye de pénétrer dans votre maison, et au moment où il est sur le point d’y entrer vous lui faites savoir que vous êtes conscient de ce qu’il essaye de faire, alors le voleur réalise que le propriétaire est en état d’alerte, et qu’il observe ses activités, ainsi il abandonnera son projet immédiatement et se sauvera des lieux aussi vite qu’il le pourra. Ainsi pareillement, le Nivarana s’enfuira de l’esprit.

 

    Tel que révélé par l’énoncé Pamaadena Akampiyaththena Sati Balan, qui signifie ‘tout en demeurant non-ébranlé par l’absence de Sati Sampajanna (l’attention en pleine conscience couplée avec une claire compréhension), le Sati se renforcera sous la forme de Sati Bala’. En méditation, si les pensées du yogi sont emportées ailleurs en raison de l’absence Sati Sampajanna, le retour de l’esprit ensuite vers l’attention en pleine conscience est appelé  Appamadaya.
 
     Ce Appamadaya a été divisé en deux parties. La 1ère partie est la réalisation du méditant comme quoi il est en dehors de Sati, et on s’y réfère comme étant Kaarapaka Appamadaya. Puis l’autre partie quand le méditant éprouve un sentiment de honte car il a perdu le Sati et le fait de ramener l’esprit en Sati est appelé Kaaraka Appamadaya.
 
     Dès que l’on réalise cela quasiment instantanément, alors l’esprit est en dehors de Sati, alors cette période de temps quasi instantanée est appelée Chiththa-Kshanaya. Ici, le Kaarapaka Appamadaya et le Kaaraka Appamadaya sont considérés comme étant deux Chiththa-Kshanas distincts l’un de l’autre. En tant que tels, quand le yogi réalise que le Nivarana a cessé d’exister au moment de l’apparition de ce Citta-Kshanaya, ce processus pourrait être appelé Waya Lakkhana Upattanan  (l’établissement de la caractéristique de la cessation).
   
     En contemplant l’Uppaada (la nature surgissante) et Waya (la caractéristique de la cessation) des Nivarana, le yogi développera le Udayabba Gnaana, par là-même on s’est débarrassé des Nivarana plus paisiblement, de façon plus significative et plus durable dans le Vipassana Bhavana, contrairement au Samatha Bhavana, où les Nivarana sont abandonnés temporairement en calmant l’esprit.

 

     Tel que cela a été mentionné plus haut, dans Vipassana Bhavana le but principal est d’étudier et d’observer la nature d’apparitions et de cessations du Naama-Rupa. Par exemple, si nous prenons Rupa (les phénomènes physiques) comme ‘recevant des informations venant à nous depuis les six sens’, et Naama comme ‘les notant dans l’esprit’, alors en considérant à la fois Naama et Rupa ensemble tels une entité combinée, nous avons tendance à former un ‘Je’ hypothétique qui voit, entend, sent, goûte et ressent tactilement quelque chose venant de l’extérieur.
 
     Mais tel que révélé dans le Naama-Rupa Parichcheda GnaanaNaama et Rupa sont considérés comme deux entités séparées, le yogi empêche la formation naturelle du ‘Je’ hypothétique. Donc dans ce cas le yogi  expérimentera le fait qu’il y a seulement l’apparition et la disparition de divers Naama-Rupa au fur et à mesure que la personne les contemple, et il ou elle réalisera la nature impermanente qui leur est associée. Cette impermanence au même titre que Dukkha (l’insatisfaction) et Anatta (le non-Soi) comprendra les Ti-Lakkhana (les trois caractéristiques de l’existence), méthode qui est essentiellement utilisée dans Vipassana Bhavana.
 
     Finalement la personne ne se sentira plus attirée  par les Naama-Rupa en vivant dans ce monde, car la personne réalisera le Yatha Bhutha Gnaana Dassana, ce qui est en fait la réalisation de la vraie nature des Naama-Rupa. Il se développera chez cette personne un concept décrit comme Sabbe Dhamma Naalam Abhinevesaaya, ce qui signifie ‘il n’y a rien dans ce monde vers lequel l’on devrait tendre comme étant ‘Je’ ou ‘Mien’.  

 

 

 

 

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